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Betteraves et agriculture de conservation

Rendement déplafonné par le couple strip-till et sol vivant

Publié le 14/05/2018 - 10:00

L’achat du strip-till en 2013 était couplé à l’investissement dans un système de guidage RTK. Patrice L’Escop n’imagine pas d’autre moyen pour passer trois fois à la même place sans difficulté. © : Patrice L’Escop

 

Nombreux sont ceux qui insinuent que le strip-till en betteraves ne fonctionne pas. Patrice L’Escop prouve le contraire après plusieurs années à tâtonner sur un itinéraire technique cohérent avec l’agriculture de conservation qu’il pratique sur sa ferme.

 

«Le passage du strip-till d’automne à 8 cm de profondeur avant l’implantation des betteraves est l’intervention mécanique la plus profonde qui soit dans ma rotation, souligne Patrice L’Escop, producteur de blé, de colza, d’orge de printemps, de lin fibre textile et de betteraves sur 225 ha dans l’Aisne. Depuis l’introduction du strip-till dans l’itinéraire technique de la culture en 2013, la betterave s’intègre parfaitement dans mon système de culture en agriculture de conservation. L’utilisation de ce matériel couplé à la production de couverts végétaux a permis d’améliorer considérablement la portance de mes sols. Ils restent par conséquent plus fermes et supportent mieux l’opération de récolte qui peut s’avérer traumatisante. La betterave n’étant qu’une étape de ma rotation, son itinéraire technique se doit d’être cohérent avec celui des autres cultures. »

Un mois après le passage de strip-till à l’automne, les racines du couvert végétal ont recolonisé la zone travaillée et il est difficile de distinguer en surface qu’un matériel a été passé. © : Patrice L’Escop

Plusieurs années d’apprentissage

Sans aucune référence technique sur la conduite de la betterave en strip-till, l’agriculteur qui s’est lancé dans l’agriculture de conservation dès 2009 avec l’introduction de couverts végétaux et la réduction progressive du travail du sol jusqu’à l’abandonner dès qu’il le peut a essuyé des échecs avant de caler un itinéraire type qui semble désormais sécurisé. La preuve en est avec le résultat de la campagne betteravière 2017. « Le rendement racine de mes 32 ha de betteraves se situe à plus de 20 t/ha au-dessus de la moyenne de ma sucrerie, argumente le planteur qui récolte enfin le fruit d’un travail commencé il y a presque dix ans. La dernière parcelle, arrachée le 20 novembre 2017, atteint 129 t/ha. Preuve que la technique, couplée à un sol vivant, peut aider à déplafonner les rendements. » L’agriculteur n’oublie cependant pas que l’année 2017 était une année favorable à la croissance des betteraves et que ces bons résultats restent à confirmer.

Auparavant, Patrice L’Escop préparait le sol pour le semis de ses betteraves dès la récolte du précédent par un passage de déchaumeur à dents Terrano à une dizaine de centimètres de profondeur puis un semis d’un couvert végétal. Mais la gestion de résidus de couverts imposants (souvent plus de 5 t/haMS) devenait compliquée au printemps. L’idée du strip-till équipé de chasses débris germe alors avec un passage d’automne et de printemps pour préparer une bande de semis propre et fissurée.

La première mise en œuvre de la technique a lieu à l’automne 2013. Une fois le couvert semé vers la mi-août, l’agriculteur intervient pour la première fois avec le strip-till à la mi-octobre. L’objectif étant de fissurer la ligne de semis sur 15 centimètres de profondeur et de créer une légère butte qui ressuiera plus rapidement au printemps. Le couvert végétal est malheureusement trop développé et le sol trop humide. L’agriculteur ne parvient pas à strip-tiller correctement et abandonne. L’hiver clément ne permettant pas la destruction par roulage sur gel du couvert a engendré un gros volume à gérer au printemps dont l’agriculteur a eu du mal à se défaire pour préparer une bande de semis digne de ce nom. Le semis retardé de quinze jours par rapport aux voisins et un temps secs ont légèrement amputé le rendement final. La campagne suivante, l’agriculteur trouve la solution au travail d’automne.

 

Le passage de strip-till de printemps est l’occasion de localiser 100 kg/ha de 18-46. © : Patrice L’Escop

Strip-till d’automne précoce

Si les couverts sont toujours semés vers la mi-août, le passage du strip-till est quant à lui avancé à la mi-septembre. Les conditions séchantes et ensoleillées de la saison couplées à un couvert encore peu développé sont idéales pour assurer une bonne fissuration et la création d’une butte qui aura le temps de ressuyer pour bien passer l’hiver. De plus, ce passage précoce laisse ensuite le temps aux racines du couvert de recoloniser la partie travaillée. « Quinze jours après l’intervention, on observe un feutrage blanc de racines dans le profil fissuré permettant de maintenir la structure durant l’hiver et d’éviter que la bande travaillée ne se referme », observe le planteur. Si le passage d’automne est une réussite et validé pour les années suivantes, le semis pose quelques soucis. Étant donné le faible volume de sol travaillé au printemps – le strip-till est passé quelques heures avant le semis avec deux dents vibrantes par bande qui travaillent sur trois centimètres de profondeur –, le semoir présent sur l’exploitation est trop léger et engendre un gros problème d’hétérogénéité de profondeur de semis selon les types de terre. 

Patrice L’Escop a investi dans un semoir aux éléments semeurs plus lourds pour assurer  une profondeur de semis homogène quel que soit le type de sol dans la parcelle. © : Patrice L’Escop

Ce qui induit une perte de pieds et encore quelques tonnes de betteraves par hectare. Le semoir à betteraves est donc remplacé l’année suivante par un autre avec des éléments semeurs plus lourds. Ce qui induit de suite une levée plus homogène. Mais le printemps très froid révèle une nouvelle problématique : « À la mi-juin, mes betteraves accusaient un retard de croissance de trois semaines par rapport à mes voisins, se souvient Patrice L’Escop. Le manque de minéralisation du printemps a induit une carence précoce en azote sur mes betteraves1. Si j’ai atteint cette année-là le rendement moyen de ma sucrerie, le résultat n’était pas satisfaisant au regard de ce dernier incident. » Il a donc fallu attendre la campagne 2017 et quatre années de pratique pour aboutir à un itinéraire efficace et sécurisé de betteraves en agriculture de conservation.

 

(1) Malgré la réalisation d’un reliquat azoté de sortie d’hiver, il est encore difficile en agriculture de conservation d’estimer la disponibilité de l’azote au cours des premiers mois de végétation. D’autant plus que la dégradation des résidus des couverts végétaux en mobilise elle aussi une partie non négligeable.

 

Gestion des couverts végétaux : le glyphosate à sa place dans la conservation des sols

Pour Emilien Guillot-Vignot, responsable communication chez FMC, "L’efficacité du glyphosate sur un très large spectre d’espèces n’est plus à démontrer. En remplaçant le labour ou tout autre travail du sol inhérent à la gestion d’un couvert, le désherbage avec un produit à base de glyphosate (type Gibson® dosé à 450 g/l) participe donc à la conservation des sols et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. De plus, la perte de son activité désherbante lorsque le produit a atteint le sol offre la possibilité de planter ou de semer rapidement après le désherbage sans risque pour la culture. Il montre alors tout son intérêt dans une stratégie de semis direct à un coût économique très favorable aussi pour les planteurs de betteraves pratiquant un itinéraire simplifié sur leur culture "

 

La betterave au strip-till sécurisée

Bandeau FMC

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