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Economie

"J'ai arrêté de produire du blé non contractualisé "

Publié le 02/02/2018 - 08:44

Jean-Luc Billaut est agriculteur dans le sud de la Vienne. Installé en EARL sur 250 ha, il a décidé d’arrêter de semer du blé tendre non contractualisé : « Produire, c’est avant toute chose prendre en compte les désirs de la société et l’évolution des cours mondiaux, explique l’intéressé. Certains agriculteurs ont mis en culture du blé tendre à l’automne sans savoir à quel prix ils allaient le vendre. C’est quelque chose que je ne peux plus m’imposer aujourd’hui. À 130 ou 140 €/t, on ne peut pas vivre de son métier d’agriculteur. J’ai toujours en toile de fond l’idée de sécuriser mes marges et de me garder un salaire, ce que je ne peux pas faire avec ces prix bas. J’ai donc arrêté d’emblaver les 40 à 50 ha de blé tendre que je faisais annuellement. C’est une décision également liée à la géographie. Étant à l’ouest de la France, mes cultures connaissent des pics de chaleur en juin. La différence avec des agriculteurs au nord de la Loire par exemple, c’est que ces chaleurs entraînent des pertes jusqu’à 20 q/ha chez nous. Climatiquement parlant, je suis freiné avec du blé comparé à un maïs. C’est pourquoi je garde le maïs et je m’oriente vers les productions contractualisées, sans l’aide de personne. Ce sont les échanges avec des agriculteurs et des personnes hors milieu agricole qui m’ont convaincu. »

L’agriculteur dispose cependant d’un atout de taille sur son exploitation : l’irrigation : « L’irrigation, c’est une immense opportunité qu’il faut valoriser au maximum. Or c’est difficile de le faire sur des productions classiques. Avec d’autres agriculteurs, nous avons monté un projet pour le stockage de l’eau. »

Sur les 190 ha irrigables de l’exploitation, Jean-Luc Billaut a donc laissé tomber le blé tendre pour des cultures contractualisées, tout en gardant les cultures qui valorisent bien l’irrigation : « Outre le maïs classique, je continue à produire du blé dur, car il y a un potentiel de spéculation plus fort sur cette culture que du blé tendre. Aussi, j’ai contractualisé pour du blé de force, dont la rémunération est fixée à 200 €/t. Je fais également du maïs semence. Le prix plancher est de 140 €/t, et le prix plafond de 200 €/t. Charges déduites, le maïs semence peut me rapporter 2500 €/ha. Pour toucher cette rémunération, il y a un cahier des charges à remplir, dont le respect de la pureté variétale notamment. Ce n’est pas à prendre par-dessus la jambe. Seulement, avec l’embargo de la Russie, les prix ont baissé. »

En parallèle, Jean-Luc Billaut s’est lancé dans la production de potagères, de betteraves porte-graines, de pois chiche, de tournesol et de colza : « Le tournesol est vendu à un prix supérieur qu’en temps normal car il est destiné à l’oisellerie. »

L’agriculteur ne s’est pas contenté de diversifier son assolement par des cultures plus rentables et mieux valorisables chez lui : il a également converti une partie de son exploitation en bio : « L’attente sociétale est tournée vers le bio, il y a de vraies opportunités sur ce créneau. D’abord sur le plan économique bien sûr, mais également sur les enjeux sanitaires. De plus, l’offre étant moins forte que la demande, on vend mieux. » 10 hectares ont été convertis il y a un an et demi en bio, et l’agriculteur compte convertir 25 ha supplémentaires cette année. Outre la production de semences bio, l’agriculteur aimerait se tourner vers les plantes aromatiques.

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