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Vie du sol

Des vers de terre bâtisseurs et faiseurs de la vie du sol

Publié le 18/09/2020 - 09:07

Ingénieurs du sol et de sa vie biologique. ©Krisana/Adobe stock

On connaît l’intérêt des vers de terre pour leur capacité à structurer physiquement le sol. Mais s’ils étaient bien plus que cela ? Si en plus d’être les « bâtisseurs » du sol, ils en étaient aussi les ingénieurs ? Les faiseurs de vie du sol ?

Les vers de terre sont importants ne serait-ce que par la biomasse qu’ils représentent : « 80 % des êtres vivants terrestres en milieu tempéré », note Marcel Bouché dans son livre Des vers de terre et des hommes1. Selon lui, ces êtres vivants ont un rôle majeur dans le cycle de fertilité des sols, et notamment dans le cycle de l’azote. En effet, ils contribuent fortement au recyclage de la matière organique, et à la structuration du sol grâce à leur brassage constant de matière minérale et organique pour former le complexe argilo-humique.

Marcel Bouché a étudié les vers de terre directement dans leur écosystème tout en essayant de les perturber le moins possible. En faisant cela, il a notamment prouvé avec un traçage à l’azote 15 que les vers de terre contribuent directement à mettre à disposition des plantes 600 unités d’azote par hectare et par an dans un écosystème prairial bien géré.

 

Dans les sols vivants, les vers de terre participent à un flux d’azote de près de 600 kg/ha/an.

 

Les vers de terre éleveurs de bactéries

Outre les recherches de Marcel Bouché, les travaux récents sur les vers de terre le confirment. Une méta-analyse de 58 études dans lesquelles sont recensés 462 points de données sur différents continents, sur des cultures diverses (blé, riz, maïs, pâtures et quelques cultures vivrières) montre qu’une importante présence de vers de terre augmente systématiquement les rendements de 25 % en moyenne.

Ces 600 unités/ha dont parle Marcel Bouché ne sont peut-être pas à proprement parler directement dues aux vers de terre. Au-delà de la mise à disposition de l’azote pour les plantes, les vers de terre interviennent dans la régulation de la population microbienne du sol. Il semblerait qu’à travers la sécrétion de mucus, ces derniers stimulent l’activité microbienne du sol. Le ver de terre ne serait donc pas un simple brasseur physique du sol mais bien un ingénieur physique, chimique et biologique.

 

Circuit de l'azote

 

800 kg/ha/an de mucus produit

Des recherches récentes confirment que les vers de terre contribuent à multiplier la population microbiologique après leur digestion. En effet selon une étude, les vers de terre multiplient jusqu’à 1 000 fois la population microbienne lors de sa digestion. Cette population est composée de bactéries nitrifiantes, ayant un rôle dans la mise à disposition de l’azote pour les plantes. Cela confirme les résultats de Marcel Bouché montrant que 50 % des bactéries ayant un rôle dans le cycle de l’azote (azotobacter, protéolytique, dénitrifiantes, ammonifiantes, fixateurs anaérobies) se trouvent dans le premier millimètre de sol situé autour des galeries des vers de terre.

Dire que les vers de terre consomment uniquement du minéral et de l’organique n’est pas correct dans le sens où ils consomment les micro-organismes présents dans la matière organique, leur régime alimentaire étant principalement composé de champignons et de protozoaires mais aussi de bactéries. Le régime alimentaire et le type de champignons sont différents selon les espèces de vers de terre, ce qui a une influence sur la population microbienne du sol.

Alors pourquoi leur présence à cet endroit ? L’hypothèse est qu’elle vient directement du ver de terre par la sécrétion du mucus, mais aussi indirectement car des conditions aérobies sont créées grâce aux galeries. Le mucus est une substance visqueuse composée de tous les acides aminés essentiels (16 au total). Une étude chinoise a quantifié cette production de mucus autour de 5,6 mg/g de vers de terre toutes les 24 heures. Pour une population de référence de 1 200 kg par hectare de vers de terre en semis direct, on obtient 6,57 kg par hectare et par jour de mucus ! Si l’on considère que les vers de terre sont actifs environ 120 jours par an, on arrive au résultat de 800 kg par hectare et par an de mucus produit !

 

Cycle de rhizophagie

 

Les plantes se nourrissent des bactéries

Ce mucus serait donc une source potentielle de nutrition pour les bactéries nitrifiantes. Compte tenu de la capacité des plantes à absorber des cellules organiques par endocytose, il est possible qu’une partie de ces acides aminés nourrissent aussi les plantes.

Tous ces processus biologiques et physico-chimiques peuvent être mis en lien avec la théorie de la rhysophagie étudié par James White... Selon son étude, les plantes sont en capacité de se nourrir des nutriments présents dans les bactéries sans les tuer. Ainsi elles élèvent des bactéries qu’elles rejettent dans le sol pour se nourrir en nutriments et ainsi de suite. De cette façon la plante peut se nourrir d’azote organique transporté par les bactéries.

L’hypothèse globale est donc la suivante : les vers de terre, de par leur activité et leur nutrition contribuent à la régulation de la population microbienne du sol. En plus de cela, ils multiplient certains types de bactéries qui se chargent en nutriments grâce au mucus sécrété par le ver de terre. Une fois les bactéries chargées en nutriments, la plante les capture pour s’en nourrir. On peut comprendre l’intérêt fondamental des vers de terre dans le cycle de l’azote. Afin d’optimiser la nutrition azotée des plantes, les agriculteurs ont tout intérêt à favoriser des conditions de développement des vers de terre. En produisant le maximum de biomasse, en couvrant les sols au maximum et en limitant la plus possible le travail du sol.

 

(1) Des vers de terre et des hommes, publié en 2014 chez Acte Sud

Ver de terre production

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