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Campagne 2020

Annus horribilis pour les betteraves, mais la filière voit des éclaircies

Publié le 02/12/2020 - 09:37

La campagne 2020-2021 sera, inévitablement, l’année à oublier pour une très grande partie des betteraviers français. Selon les derniers chiffres donnés par la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), à l’occasion de sa conférence de presse annuelle, le rendement moyen, estimé à 65 t/ha, est en baisse d’environ 30% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. « Du jamais vu depuis 35 ans », indique Pierre Rayé, directeur de la CGB, avant d’en détailler les raisons. « Cette baisse de rendement se justifie évidemment par l’invasion précoce des pucerons qui ont contaminé les betteraves de différentes viroses et des conditions climatiques adverses pour la culture. Ces différents facteurs ont affecté l’ensemble de la sole, y compris les betteraves cultivées en agriculture biologique. »

La production française s’établit donc à 27,4 millions de tonnes (contre 37,8 Mt pour la campagne précédente), la filière déplore aussi une forte baisse des surfaces, de plus de 20000 ha. La production de sucre devrait donc s’établir à 3,5 millions de tonnes (contre 5 Mt l’an passé) et 8,5 millions d’hectolitres d’alcool/éthanol (contre 10 l’an passé). « Cette piètre campagne va entraîner une baisse de valeur de 600 à 700 millions d’euros pour la filière (dont 280 millions pour les producteurs) », complète le directeur.

Mobilisation des pouvoirs publics

« Très tôt, nous avons alerté les élus, et le Gouvernement a décidé d’un plan de soutien à la filière qui intègre un projet de loi permettant une dérogation sur l’utilisation des néonicotinoïdes pour la future campagne et pour une durée de trois ans. De son côté, la filière s’est engagée afin d’accélérer la transition », a indiqué pour sa part Franck Sanders, président de la CGB. « La loi, adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat, fait actuellement l’objet d’un recours devant le conseil constitutionnel, nous espérons une promulgation pour la mi-décembre », a-t-il ajouté. Le Président a par ailleurs rappelé que l’engagement du ministre pour répondre aux problématiques de trésorerie allait devoir se matérialiser très vite, alors même que les producteurs font leurs achats de semences pour la prochaine campagne.

La lumière au bout du tunnel

Malgré cette conjoncture exceptionnelle, la profession précise qu’il y a des bonnes raisons d’espérer en ce qui concerne les fondamentaux du marché. Le contexte mondial reste en effet dans un cycle déficitaire en sucre, un déficit de 5,6 millions de tonnes pour la campagne 2019-2020 et estimé à 1,7 million de tonnes pour la campagne 2020-2021. D’autre part, est fait le constat d’un marché de l’éthanol en croissance. La CGB indique qu’au regard de la situation du marché du sucre, des prix des pulpes et du dynamisme de la consommation d’alcool et d’éthanol carburant, les éléments sont réunis pour un rebond des prix de betteraves. Des points d’inquiétude persistent cependant, notamment celui sur les négociations concernant le Brexit. Rappelons en effet que le Royaume-Uni importe 300 à 400 000 tonnes de sucre origine France par an et quelque 2 millions d’hectolitres d’éthanol. D’autre part, le pays possède la moitié des capacités de raffinage de l’UE, précise Pierre Rayé. Autre source d’inquiétude à l’international, les règles du jeu commerciales. « l’Inde a accordé à sa filière sucre l’équivalent d’1 milliard de dollars d’aide à l’export. Notre économie est aussi chahutée par ces difficultés, il faut qu’à l’échelle européenne nous ayons des politiques commerciales plus défensives », conclut le directeur.

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