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New Holland

Le tracteur au gaz, bientôt commercialisé ?

Publié le 29/05/2018 - 11:08

Remplacer le diesel par le gaz, pour des tracteurs plus propres, et avec un carburant produit sur l’exploitation ? C’est l’ambition de New Holland, avec son prototype T6 Méthane Power, présenté chez les Maraîchers nantais. Mais pour lancer la phase de production, encore faut-il convaincre les producteurs des atouts du gaz, et lever certaines contraintes, comme l’autonomie limitée.

Vendredi 25 mai, la Fédération des maraîchers nantais accueillait à la Maison des maraîchers de Pont-Saint-Martin (Loire-Atlantique) le prototype T6.180 Méthane Power de New Holland, un tracteur fonctionnant au GNV (gaz naturel véhicule). Ce prototype unique a été mis au point il y a trois ans, et tourne depuis en Europe (1000 h de travail cumulées) pour séduire d’éventuels investisseurs.

Le moteur tournant exclusivement au méthane est intégré dans un tracteur T6 de série. Équipé de huit réservoirs de gaz (300 l, 52 kg), et d’un neuvième additionnel comme cuve tampon, ce tracteur dispose d’une puissance de 179 ch, et d’un couple maxi de 1400tr/min. Par rapport à un moteur diesel de dernière génération, il n’y a ni traitement SCR (AdBlue), ni filtre à particules, mais seulement un catalyseur « troie voies » sans entretien, identique à ceux trouvés sur les automobiles. Nicolas Morel, responsable du produit chez New Holland, complète :

Il est possible d’utiliser du biogaz ou du gaz fossile comme carburant. Le prix du gaz a toujours augmenté moins fortement que celui du diesel, d’où l’intérêt économique du moteur au méthane. Pour les producteurs réalisant de la cogénération, il faudra ajouter un petit purificateur à leur unité de production, de 150000 à 200000 euros, pour s’assurer d’une pureté du méthane à 97%. Contrairement aux 8 heures d’autonomie d’un moteur diesel, vous n’avez ici que 3 à 5 heures d’autonomie de travail. Nous travaillons donc sur des réservoirs additionnels de 600 l, à positionner à l’avant ou l’arrière du tracteur, pour limiter les problèmes de ravitaillement. Mais en utilisant du biométhane produit sur l’exploitation, la facture de carburant annuelle peut être réduite de 40%. »

Nicolas Morel, responsable du produit chez New Holland. Photo O.Lévêque/Pixel Image

 

40% d’économie sur le carburant

Si le moteur gaz est le même qu’un diesel, Nicolas Morel le voit tout de même « moins bruyant, légèrement plus rauque, et plus nerveux ».

Contrairement aux camions fonctionnant au GNV qui utilisent du gaz liquéfié, avec jusqu’à 1500 km d’autonomie, le prototype de New Holland utilise du gaz comprimé. Un système « plus ouvert pour plus d’indépendance énergétique, notamment sur les exploitations agricoles qui produisent leur propre gaz », mais aussi « plus sécuritaire pour le remplissage que le gaz en phase liquide », poursuit le responsable New Holland. Le temps de remplissage de la cuve dépend de la station : de 3-4 min… jusqu’à 6-7h !

Surcoût de 10%

Côté prix, il faudra compter un surcoût de 10% en comparaison d’un moteur diesel, soit 100000 à 110000 euros pour le modèle présenté. Un surcoût assez faible, par l’absence des systèmes de dépollution, indique New Holland.

Pour l’instant, le GNV est surtout utilisé sur des véhicules lourds, pour le transport de personnes, ou de bennes à ordure, souligne Romain Verles, responsable développement de GRT Gaz, société gestionnaire du réseau de transport de gaz en France, et partenaire de la démonstration :

New Holland, qui appartient comme Iveco au groupe CNH, profite de cette expérience pour ses tracteurs, avec de vraies performances économiques et environnementales. L’utilisation du gaz devrait poursuivre son développement dans les années à venir, comme défendu par le Gouvernement autour du projet de méthanisation. Aujourd’hui, il y a une ouverture de station GNV par semaine, contre une par mois il y a 1 an, avec l’objectif de 2000 stations à l’horizon 2030 !

Besoin d’évaluer le modèle économique

Les Maraîchers nantais sont de gros consommateurs de gaz pour chauffer leurs serres, et en produisent pour le moment assez peu, même si les centrales de cogénérations se sont développées, explique Malo Brault, conseiller à la Fédération des maraîchers nantais.

Avec les contrats de gaz passés sur de gros volumes, il peut y avoir des prix intéressants pour faire tourner des tracteurs au gaz, mais il faut évaluer le modèle économique, l’autonomie de fonctionnement, et le temps de remplissage de la cuve, surtout si les stations sont assez éloignées pour le moment.

L’autonomie de fonctionnement et le déploiement des stations GLV, publiques ou privées, semblent bien être pour l’heure les freins majeurs au développement du tracteur au gaz de New Holland. « Le prototype présenté est un modèle pouvant s’adresser à différentes filières, mais une fois la phase de commercialisation enclenchée, l’objectif est de proposer une gamme complète de tracteurs au gaz. Pour l’instant, l’étude de marché est encore en cours. Les attentes du terrain ne sont pas assez fortes pour lancer la phase de production, même si le plan méthanisation en France et la motivation de partenaires comme GRT donnent une certaine dynamique. Une fois la décision actée de lancer la production, New Holland pourra sortir assez vite, en 18 mois, sa gamme de tracteurs Méthane Power », termine Nicolas Morel.

 

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