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Diversification

Une filière stévia française en marche

Publié le 23/09/2016 - 11:27

Une filière française tracée de stévia est en construction. Nom de code : projet Stevianov. Ce projet a été initié en 2011 par l’Épi Salvagnacois, organisme de collecte situé dans le Tarn, et plusieurs partenaires, l’EI Purpan pour l’axe variétal et l’agrophysiologie, le laboratoire de chimie agro-industrielle LCA pour le procédé d’extraction, et les entreprises Stevia Natura, et La Patelière.

Le stade optimum de récolte se situe au stade bouton floral, quand la teneur en glycoside de stéviol est maximale dans les feuilles. © C. Milou/Pixel image

Selon les partenaires du projet, la réussite de cette filière pourrait être soutenue par un marché des édulcorants en Europe qui se montre favorable aux glycosides de stéviol, la molécule sucrante issue de la stévia, face à l’aspartame. Elle serait également portée par le plan national nutrition santé qui préconise une réduction du sucre dans l’alimentation, une aubaine pour la stévia dont le pouvoir sucrant est 250 à 300 fois supérieur à celui du saccharose traditionnellement utilisé en agroalimentaire.

Toutefois la réussite de la nouvelle filière repose sur plusieurs enjeux. « Une difficulté réside dans la dimension mondiale du marché de la stévia et la recherche du prix le plus bas par de nombreuses industries agroalimentaires. Proposer une filière française pourrait représenter un axe de différenciation mais il faudra parvenir à le faire valoir auprès des industriels », explique Joël Perret, président de Stevia Natura.

Un autre enjeu majeur réside dans l’évolution de la réglementation : « La stévia est considérée comme un additif et non pas comme un produit alimentaire, ce qui limite actuellement les possibilités de marché et de communication », déplore Rémy Andrieu, gérant de l’Epi Salvagnacois.

 

Améliorer la rentabilité à chaque étape

La rentabilité de la filière repose aussi sur les progrès techniques réalisés aux différents maillons de la chaîne.

Ainsi, au champ, l’amélioration variétale par une sélection réalisée au sein des populations vise à repérer des individus intéressant pour leur teneur élevée en glycosides de stéviol et pour leur bon comportement en parcelle dans le terroir de plantation. Les croisements cherchent à combiner petit à petit des caractéristiques d’intérêts. Cette amélioration variétale apparaît même comme un axe majeur pour améliorer la productivité. Celle-ci, qui s’élève actuellement à 1 tonne de feuilles (séchées) par hectare, vise à être doublée en tant qu’objectif proche, pour atteindre à terme un optimum économique de 4t/ha (le prix de vente de kilogramme de feuilles sèches s’élève à 2,50-3€).

10 kilogrammes de feuilles permettent d’obtenir un kilogramme de produit fini. © C. Milou/Pixel image

L’itinéraire technique est également affiné pour apporter des points de progrès, notamment sur le plan de la mécanisation. Pour la première étape du cycle de la stévia, qui est réalisée sous serre, le semis a pu évoluer vers une mécanisation grâce à l’enrobage des graines de stévia. La plantation au champ se déroule ensuite mi-mai grâce à une planteuse à barillet, planteuse à tabac ou horticole (densité de 80000 à 100000 plantes/ha).

La récolte s’effectue au stade bouton floral, autour de fin-août/début septembre, période à laquelle la teneur en glycosides de stéviol est maximale dans les feuilles. Le chantier de récolte est réalisé avec une récolteuse à lavande. Le séchage a ensuite lieu dans les fours à tabac.

L’objectif est de conserver les plantes 3 à 4 ans dans la parcelle. Cette pluriannualité permet notamment d’amortir le coût de plantation. Elle nécessite toutefois quelques précautions : la première année en particulier la plante a besoin d'être d’irriguée pour bien s’installer. Elle doit également être protégée du froid durant l’hiver avec une couverture de paille. Autre point crucial pour cette plante peu concurrentielle au démarrage, le désherbage, qui est réalisé mécaniquement avec une herse étrille, puis avec une bineuse à doigts Kress. En parallèle, l’Épi Salvagnacois effectue des tests herbicides à titre expérimental pour repérer des produits sélectifs de la Stévia.

Une amélioration du bilan économique est aussi attendue sur le plan industriel grâce au process d’extraction qui s’est également perfectionné. Le laboratoire de chimie agro-industrielle a ainsi mis au point un système d’extraction en continu qui permet de gagner du temps, d’économiser de l’eau, et de valoriser à la fois le produit principal, la molécule sucrante glycoside de stéviol, et des co-produits utilisables en alimentation ovine et bovine.

Les producteurs impliqués avec l’Epi Salvagnacois sont actuellement au nombre de 6, pour une surface totale de 1,5 hectare, avec un historique en production de tabac, ou une diversification en lavande. L’Épi Salvagnacois prévoit d’ici 4 ans d’atteindre une surface de production de 10 hectares pour 10 agriculteurs.

 

 

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