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Semences Paysannes

Un intérêt croissant pour les maïs populations

Publié le 02/11/2017 - 14:38

Produire sa semence de maïs populations : de plus en plus d’agriculteurs sont tentés. Preuve en est avec la fréquentation croissante lors de la visite annuelle de la plateforme sur les semences paysannes d’AgroBio Périgord. Le nouveau Casdar Covalience cherche d’ailleurs à approfondir la question de la sélection à la ferme, pour accompagner les producteurs dans cette démarche.

Près de cent personnes, en grande majorité des agriculteurs, étaient présentes sur la plateforme d’expérimentation de variétés populations en maïs et tournesol, au Change en Dordogne, le 14 septembre dernier. Organisé par Agrobio Périgord, cet événement, qui illustre une partie du travail initié en 2001, est devenu incontournable pour les producteurs adeptes des semences paysannes. En bio ou conventionnel, de Nouvelle-Aquitaine et d’ailleurs, ils sont de plus en plus nombreux à faire le déplacement lors de ces journées d’échanges. Bertrand Lassaigne, céréalier bio sur 69 ha, membre du conseil d’administration d’AgroBio Périgord, et accueillant la plateforme cette année, souligne :

Les semences paysannes permettent d’être autonome, de faire des économies et d’avoir la satisfaction de produire la semence adaptée à son terroir. C’est en 2001 que nous avons créé le programme régional "l’Aquitaine cultive la biodiversité", à la suite d’une contamination fortuite de semences de maïs bio par des OGM. »

Depuis, le réseau n’a cessé de se développer. Cette année, une quarantaine de variétés de maïs étaient présentées : des nains à ceux de presque 3 m, des rouges aux blancs, des précoces aux tardifs. « L’été a été très sec avec des orages localisés pour ceux qui ont eu de la chance, mais qui ne sont pas tombés chez nous. La récolte ne sera pas aussi bonne qu’espérée, déplore Bertrand Lassaigne, qui rappelle que les parcelles de maïs population sont menées en sec, sans irrigation. Mais cela permettra de sélectionner sur le critère résistance à la sècheresse au sein des populations. »

Bertrand Lassaigne, céréalier bio sur 69 ha, membre du conseil d’administration d’AgroBio Périgord, et accueillant la plateforme cette année
Bertrand Lassaigne, céréalier bio sur 69 ha, membre du conseil d’administration d’AgroBio Périgord, et accueillant la plateforme cette année. Photo O.Lévêque/Pixel Image

Plus de cent variétés collectées

En 16 ans, le programme "l’Aquitaine cultive la biodiversité" est passé d’une dizaine de variété de maïs populations ramenées du Guatemala à plus d’une centaine collectées et expérimentées partout en France. AgroBio Périgord fait partie du Réseau national semences paysannes, créé en 2003 et composé aujourd’hui de plus de soixante-dix organisations, dont les objectifs sont notamment de diffuser des variétés populations ou paysannes (maïs, tournesol, céréales à paille, soja, etc.), mettre les paysans et les structures en réseau, assurer une veille juridique et défendre les droits des paysans à autoproduire leurs semences à la ferme.

Au travers de La Maison de la semence paysanne, chacun peut bénéficier des variétés populations. Les agriculteurs intéressés par une variété en font la demande, reçoivent un lot de semences leur permettant de semer de 10 à 50 ares. Seuls deux éléments sont à remplir : adhérer à l’association et retourner deux à trois fois la quantité reçue après récolte. Elodie Gras, animatrice technique à AgroBio Périgord, explique :

Les producteurs doivent cultiver ces variétés sur des parcelles isolées la première année, à au moins 300 m d’un autre champ de maïs, pour éviter les croissements de pollen. Pour les agriculteurs du département, nous organisons aussi une visite sur la parcelle durant la campagne, puis une réunion bilan entre les producteurs. Cette année, nous avons envoyé des semences à 140 agriculteurs pour 2/3 en bio et 1/3 en conventionnel, soit 1,2 tonne pour une quarantaine de variétés.

Aux côtés de Bertrand Lassaigne, Elodie Gras, animatrice technique à AgroBio Périgord.
Aux côtés de Bertrand Lassaigne, Elodie Gras, animatrice technique à AgroBio Périgord. Photo O.Lévêque/Pixel Image

Depuis 2016, avec la Loi Biodiversité, la législation s’est assouplie, en faveur des agriculteurs, autorisant les échanges de semences de variétés non protégées par un COV et non inscrites au catalogue officiel (soit les variétés paysannes), dans le cadre de l’entraide agricole. Auparavant, il était interdit de vendre ces semences, ni même les échanger ou les donner. Le seul moyen était de proposer des semences aux agriculteurs pour expérimentation. Ensuite, ils peuvaient les ressemer comme ils le souhaitaient, car les variétés paysannes sont libres de droits. "l’Aquitaine cultive la biodiversité" était le 1er programme en maïs populations de l’Hexagone. Mais des groupes locaux se sont formés et continuent à se former de plus en plus, facilitant l’essaimage du principe, mais compliquant le chiffrage du nombre d’agriculteurs français bénéficiant de semences paysannes.

 

Nouveau Casdar Covalience

Un groupe national "Maïs population" a même été créé, avec l’objectif d’échanger sur les pratiques de sélection à la ferme. Le Casdar Covalience (2018-2021) qui intègre l’Inra, l’Itab, des établissements scolaires et des collectifs paysans, vise aussi à approfondir la question de la sélection à la ferme sur les variétés populations en maïs. Bertrand Lassaigne, chez qui les rendements vont de 15 à 90 q/ha en maïs populations, avec un niveau moyen autour de 50 à 80 q/ha, détaille :

Sélectionner soi-même sa semence n’est pas simple, car nous visons souvent plusieurs critères à la fois. Le mieux est de prendre une direction, comme la précocité ou la tenue de tige, puis une fois le caractère acquis, s’engager sur un autre. Nos collaborations avec les instituts techniques et l’Inra sont intéressantes, car nous avons des choses à nous apporter mutuellement. Nous sommes soutenus par la région et l’Europe, mais nous passons trop de temps sur la recherche de financement en comparaison du travail de terrain et de la diffusion des variétés populations.

Résultats variétés

Moyennes pluriannuelles des variétés cultivées en plein-champ par Bertrand Lassaigne, en Dordogne => sur des terres sablo-limoneuses, en bio (avec peu de fumure) et sans irrigation.

 

 

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