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Protection alternative des cultures

L’effet fongique des huiles essentielles difficile à démontrer en grandes cultures

Publié le 19/11/2018 - 10:48

À raison de 15 à 25 euros/ha et par pulvérisation, le recours aux huiles essentielles pour la protection des grandes cultures n’est pas anodin. D’autant plus qu’il est aujourd’hui difficile de mettre en évidence une efficacité récurrente dans des parcelles d’essais agricoles.

 

Photo aérienne d'une parcelle agricole qui comprend de microparcelles d'essai de la société Agri-Conseil dont certaines modalités comprennent des huiles essentielles. Crédit photo : Agri-Conseil

L’huile essentielle est un produit odorant obtenu à partir d’une matière première végétale botaniquement définie, soit par entraînement à la vapeur d’eau, soit par distillation sèche, soit par un procédé mécanique approprié sans chauffage. L’huile essentielle est le plus souvent séparée de la phase aqueuse par un procédé physique n’entraînant pas de changement significatif de sa composition. Et c’est bienheureux car la composition d’une huile essentielle est déjà complexe.

« Une huile essentielle peut contenir entre 50 et 200 molécules différentes, spécifie Laurine Detante, assistante technique en charge de l’expérimentation au sein de la société Agri-Conseil qui a intégré les huiles essentielles dans ses protocoles d’essais. La concentration de chacune de ces molécules peut changer selon les conditions de l’année, le stade de la plante au moment de la récolte et la date de récolte. Il est donc impossible de travailler avec un produit de composition égale dans le temps. Ce qui rend très compliquées les conclusions des expérimentations menées au champ et leur extrapolation. » Des difficultés qui ne sont pas des moindres quand l’objectif est d’aboutir à des préconisations techniques fiables.

Une approche de l’utilisation et de l’efficacité des huiles essentielles encore empirique

« Les principales familles de molécules recherchées dans les huiles essentielles pour l’agriculture sont les terpènes, les phénols et les carvacrols, poursuit Laurine Detante. Elles font partie des seules pour lesquelles il existe des références sur leur efficacité fongicide et insecticide sur les cultures, notamment en cultures spécialisées. Les terpènes auraient plutôt un effet répulsif pour les insectes lié à l’odeur qu’elles dégagent et à leur pouvoir asséchant. Les phénols ont principalement un effet contre les maladies fongiques. L’origan, le clou de girofle, l’arbre à thé, l’orange douce et la citronnelle sont les huiles essentielles avec le plus de références. »

La préparation de la bouillie est une étape très importante. La dose d’huile essentielle dépend déjà de l’objectif affiché. S’il est curatif, une dose de 100 ml/ha pourra être appliquée au maximum. Si l’objectif est préventif, la dose est plus proche de 10 à 15 ml/ha à renouveler tous les 10 jours durant la période à risque. Afin que l’huile essentielle se mélange à l’eau, il est nécessaire d’y ajouter un mouillant de type tensio-actif. La définition de la quantité nécessaire de mouillant reste empirique. Il n’existe aujourd’hui aucun autre moyen que de répéter les essais de mélange pour aboutir au bon rapport entre l’huile essentielle et le tensio-actif jusqu’à ce que l’huile essentielle se mélange totalement dans l’eau. Toutefois, il est envisageable de recourir de l’hydrolat (résidus issus de la distillation) contenant en majorité de l’eau et une faible concentration de molécules d’huiles essentielles.

Pas d’efficacité visible des huiles essentielles pour Agri-Conseil

« Cette année, nous n’avons pas pu mettre en évidence d’efficacité visible et avérée des huiles essentielles pour la protection des grandes cultures, estime Vincent Franquet, gérant d’Agri-Conseil. Les résultats pluriannuels d’essais sont perturbants car aléatoires d’une campagne à l’autre, ce qui rend difficile une préconisation fiable. D’autant plus que les huiles essentielles ont un coût qui peut varier de 15 à 25 euros/ha. Il peut toutefois nous être reproché que les essais mis en place le sont dans un système de production conventionnel avec le même protocole que pour toutes les autres solutions de protection des cultures dont les produits phytosanitaires. » Peut-être est-il nécessaire que les huiles essentielles soient réservées aux situations où une approche globale du système de production a été opérée afin de laisser une plus grande place à la lutte biologique des cultures.

En tout cas, « l’utilisation des huiles essentielles reste aujourd’hui réservée aux agriculteurs motivés par le sujet et qui souhaitent faire évoluer la technique, soupçonne Vincent Franquet. Il n’est pour l’instant nullement possible d’assurer une efficacité à toute épreuve de ces solutions de protection des plantes. »

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