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Phytosanitaires

Des pistes pour limiter les transferts dans les eaux

Publié le 01/03/2016 - 09:20

 

La reconquête et la préservation de la ressource en eau nécessitent un travail de tous. En Lorraine, la profession agricole est mobilisée pour minimiser l'impact des produits phytosanitaires sur les eaux.

Des teneurs en isoproturon supérieures à 0,1 µg/l ont été constatées à plusieurs reprises au cours des dernières années, dans le Rhin, en aval de l’embouchure de la Moselle. Les derniers pics importants en date, en octobre et novembre 2014, ont eu pour conséquence le déclenchement, le 13 novembre 2014, par le Rhénanie-Palatinat, d’une information sur le Rhin à travers le Plan international d’avertissement et d’alerte et le déclassement de l’état chimique de la Moselle.

La profession agricole s’est réunie il y a un an pour mettre en place un plan d’action dynamique pour diminuer la présence d’isoproturon dans les eaux de la Moselle, explique Laurent Rouyer, vice-président de la chambre d'agriculture de Meurthe-et-Moselle.

Les discussions ont abouti à la création d’un groupe de travail et à la mise en place d'une communication collective pour limiter l'usage de l'isoproturon. Et un état des lieux des ventes et des conseils prodigués est désormais réalisé régulièrement. Un projet Interreg destiné à harmoniser les méthodes et outils de part et d’autre du Rhin devrait être initié prochainement.

Effet réel mais limité des drains

Le 11 février 2016, la chambre d'agriculture d'Alsace - Champagne-Ardenne - Lorraine (CRA ACAL) organisait un séminaire sur les transferts des produits phytosanitaires dans les eaux. Une partie de la journée a été consacrée à la compréhension des mécanismes de transferts à la fois dans les eaux souterraines et les eaux de surface.

S'intéresser aux fonctionnements hydriques des parcelles et des bassins-versants est une nécessité pour comprendre la vulnérabilité des territoires agricoles face aux pollutions diffuses par les pesticides, estime Guy Le Hénaff, ingénieur à l'Irstea.

Le cas particulier du drainage a été évoqué. En France 2,5 millions d’ha sont drainés par tuyaux enterrés, soit 9% de la SAU.

Nous avons cherché à comprendre le rôle du drain dans les mécanismes de transfert des pesticides. Nous avons réalisé des essais en laboratoire grâce à une maquette de simulation. Nous avons constaté que le drain n’est pas responsable du transfert préférentiel. L’effet est réel mais limité. La macroporosité des sols est la principale cause du transfert rapide au drain, et non l’hydraulique du drain lui-même, explique Julien Tournebize, hydrologue à l’Irstea.

Des suivis sont réalisés à l'échelle de la parcelle, dans différentes stations expérimentales situées dans diverses conditions pédoclimatiques. Sur la station expérimentale de La Jaillère, plus de 85000 données concernant 140 substances actives et quelques métabolites ont été récoltées entre 1993 et 2010. Les résultats montrent que l’état hydrique des sols au moment de l’application est déterminant : dans notre contexte, les transferts les plus élevés ont été observés lors d’applications de fin d’hiver réalisées durant la période de drainage hivernal.

Pour certaines substances actives, la réduction de la dose d’application peut être un levier efficace pour réduire les transferts. « Ce n’est pas le cas du glyphosate », pointe Jonathan Marks-Perreau ingénieur Arvalis-Institut du Végétal.

Bien penser les zones tampons

Bassin-versant. © F. Pierrel/Pixel Image

Autre levier : les zones tampons. Il existe une diversité de zones tampons, parmi lesquelles les bandes enherbées.

Pour être performante, une zone tampon doit être fonctionnelle. Elle n’est pas uniquement là pour répondre à la réglementation. Il faut une bonne connexion entre la parcelle et la zone tampon. Il faut favoriser une bonne répartition de l’écoulement, souligne Guy Le Hénaff.

Des dispositifs particuliers sont testés en Lorraine : les zones tampons végétalisées artificielles en sortie de drainage agricole.

Si les dispositifs ont permis d'absorber en moyenne 50 à 60% des molécules d'isoproturon, toutes les molécules ne répondent pas de la même manière, met en garde François-Xavier Schott, chargé de mission qualité de l'eau à la CRA ACAL.

Intégrer le risque de transfert dans les conseils

Ce type de dispositifs doit être complémentaire d'une démarche globale de réduction des produits phytosanitaires. Des solutions agronomiques doivent être mises en place : travail du sol, faux semis, décalage de la date de semis, allongement de la rotation, introduction du désherbage mécanique…

Il faut intégrer la notion de risques de transfert en complément de la réglementation dans les actions de sensibilisation auprès des agriculteurs, appuie Yves Messmer ingénieur Arvalis-Institut du Végétal en Lorraine.

 

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