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Céréales et légumineuses

Associer pour maximiser

Publié le 02/09/2016 - 10:38

Fin du célibat pour les céréales ou les légumineuses, happy day, marions-les ! Associons pois, lentille, lupin… à du triticale, de l’orge, de l’avoine… Soyons ouverts ! L’idée part d’un constat concret, celui que ces associations produisent davantage que chacune des espèces prises séparément. « Le rendement d’une association est en moyenne supérieur de 20% en comparaison d’une culture en pur, expose Guenaëlle Héllou, chercheuse en agronomie à l’ESA d’Angers au sein de l’unité de recherche Leva (légumineuses, écophysiologie végétale, agroécologie). Le gain peut même s’élever jusqu’à 60 à 80% dans certaines situations ! »

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Pourquoi donc une telle augmentation ? Un mot-clé : la complémentarité ! Complémentarité pour l’utilisation des ressources azotées du milieu, celles du sol mais aussi de l’air. Les deux cultures absorbent ainsi un ratio d’azote supérieur en étant associées.

Les deux partenaires se soutiennent aussi, quand l’un sert de tuteur à l’autre. Ils se sécurisent également grâce à une meilleure couverture du sol qui limite les concurrences adventices.

 

L’art du compromis

Toutefois la vie à deux nécessite de réaliser quelques compromis. Et l’objectif premier de ce dernier est d’obtenir une synchronicité de maturité pour pouvoir récolter dans de bonnes conditions. « Les pois protéagineux d’hiver arrivent souvent à maturité avant la céréale d’hiver. L’association avec une orge ou un blé précoce facilite ainsi la concordance des maturités. L’enjeu est de trouver des mariages "heureux" », déclare Gilles Salitot, qui suit ces techniques à la chambre d’agriculture de l’Oise.

En pratique, la plupart des associations sont semées en même temps, avec un compromis réalisé sur la profondeur de semis, à moins de disposer d’un semoir à double trémie et de pouvoir semer à deux profondeurs en un seul passage. « Un pois et une céréale associés sont généralement semés à 2-3 centimètres, expose Gilles Salitot. En revanche, cette profondeur n’est pas recommandée lorsque l’association fait intervenir la féverole dont la sensibilité au froid nécessite une profondeur de semis plus importante, soit à 6 centimètres. » C’est alors un semis en deux temps qui est réalisé, d’abord la féverole au monograine, à 35-40 cm d’écartement, puis ensuite la céréale.

Côté densité, c’est le statut azoté de la parcelle qui guide ce paramètre. « Après un précédent qui laisse de forts reliquats azotés, ou suite à un apport d’engrais organiques, il est conseillé de baisser la proportion de céréale dans l’association. Celle-ci se montrerait sinon trop concurrentielle de la légumineuse en mettant à profit l’azote du sol. C’est pour cette raison également que les apports précoces d’azote sont à proscrire : l’objectif est de ne pas inhiber la légumineuse au démarrage de la culture. Pas d’azote au tallage donc, il faudra patienter jusqu’au stade épi 1 centimètre.

Les densités de semis les plus couramment choisies sont 30% de ce qui aurait été semé en pur pour la céréale, et 80% d’un semis en pur pour le protéagineux.

Lupin associé à du blé. O. Lévêque/Pixel Image

Ces valeurs sont toutefois à moduler selon le type de céréale utilisé. « Les espèces n’ont pas toutes le même pouvoir à occuper le sol, explique Gilles Salitot. L’avoine se montre ainsi la plus concurrentielle, suivie par ordre décroissant de l’orge, du triticale, puis enfin du blé. Il sera alors préférable de semer une densité un peu moindre d’orge ou d’avoine par rapport à un blé dans une association. »

Un autre paramètre influe sur le choix de la densité : le risque adventices de la parcelle. « Si un salissement est à craindre, il est conseillé d’augmenter la densité en céréales en raison de son meilleur pouvoir couvrant », explique Gilles Salitot.

Quant à la protection phytosanitaire, la difficulté réside dans la nécessité d’appliquer des produits homologués sur les deux cultures, et bien entendu sélectifs des deux cultures. Heureusement, les associations réduisent le risque de diffusion des maladies par effet barrière et perturbent les ravageurs, ce qui laisse présager des besoins moindres en protection produit.

Alors, convaincu ?

 

 

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