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Organismes non cibles

Antilimaces et faune auxiliaire, le vrai du faux

Publié le 11/02/2019 - 11:34

La nocivité du méthiocarbe, désormais interdit, sur la faune auxiliaire, entretient nécessairement la suspicion sur l’ensemble des autres antilimaces. Mais des essais montrent que des matières actives, comme le métaldéhyde ou le phosphate ferrique, n’ont pas d’effets avérés sur les vers de terre, carabes ou encore petits gibiers. Cette innocuité pour les organismes non cibles est de toute façon un préalable à leur mise sur le marché.

 

Des expérimentations sur le terrain ne mettent pas en évidence de nocivité des antilimaces sur les populations d’insectes auxiliaires comme les carabes si précieux dans la lutte contre les limaces.© De Sangosse

« Un granulé bleu reste un granulé bleu, l’héritage lié à la nocivité du méthiocarbe est encore bien présent dans la tête des gens. Nous devons donc répondre, par la preuve, à toutes les interrogations sur l’éventualité de l’impact des antilimaces sur les organismes non cibles », introduit Arnaud Lagriffoul, responsable agriculture durable chez De Sangosse. Pour apporter des réponses, les metteurs en marché s’appuient sur des essais réalisés dans le cadre de l’homologation des produits. Ils se basent aussi sur des études menées sur le terrain par des groupements techniques ou encore des organismes de recherche. « Dans ce cadre, nous nous sommes notamment concentrés sur les oiseaux », explique le responsable.

Ainsi en 2014, un bureau d’études a effectué des tests sur les moineaux domestiques, en conditions semi-contrôlées. « Une vingtaine d’individus ont été acclimatés dans une volière et ont été privés de nourriture pendant plusieurs jours, puis exposés à un parterre de granulés d’antilimaces (à une dose équivalente à 5 kg/ha). Aucune mortalité, ni comportement anormal n’ont été observés. De plus, 95 % des individus n’ont pas ingéré un seul granulé. Cette étude montre que ces granulés d’antilimaces ne sont pas appétents pour les moineaux », détaille Arnaud Lagriffoul. L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), dans le cadre du réseau Sagir (réseau de surveillance épidémiologique des oiseaux et des mammifères sauvages terrestres), a réalisé le même type d’essais sur des lots de perdrix grises. Les constats sont identiques, même en cas de sévère disette, aucun granulé n’a été consommé.

 

Des réseaux d’observation en situation réelle

D’autres expérimentations ont été menées sur un réseau de 285 exploitations agricoles sur les campagnes 2011-2012 et reconduites en 2012-2013. « Dans cet essai, 196 parcelles étaient concernées par 1 ou 2 traitements antilimaces en plein ou en mélange à la semence. Grâce à l’appui du bureau d’études, les agriculteurs avaient en charge de faire les observations sur les espèces suivantes : alouettes, corbeaux, corneilles, étourneaux, perdrix grises et pigeons ramiers. À l’issue de cette expérience, aucun cadavre d’animal n’a été relevé », indique le responsable de l’ONCFS qui, de son côté, a fait des suivis de mortalité des perdrix au champ sur la campagne 2007-2008.

Après autopsie et analyse des cadavres collectés, aucune mortalité n’est attribuée aux antilimaces. Des conclusions identiques ont également été tirées des opérations de toxicovigilance sur le colza et le maïs entre 2007 et 2010, tout au long du cycle des cultures. « L’ensemble des études dont nous disposons amène à des conclusions plutôt rassurantes. Les rares cas d’effets délétères des produits sur les organismes non cibles sont liés à des causes accidentelles relevant des mauvaises pratiques de l’utilisateur. Le cas d’un sac de produits qui se perce par exemple, entraînant l’accumulation d’une très grande quantité d’antilimaces à un endroit donné », conclut Arnaud Lagriffoul.

 

La biodiversité du sol préservée

Oiseaux et petits mammifères font partie de l’agrosystème, mais intéressons-nous aussi aux invertébrés, notamment vers de terre et carabes, bien connus pour leur prédation sur les populations de limaces. Jean-Philippe Turlin, conseiller agronomique à la chambre d’agriculture de Bretagne conduit depuis cinq ans des essais avec un groupe d’agriculteurs investis dans les techniques de semis direct sous couverts. « Notre démarche a été de nous intéresser à la vie du sol, en quantifiant les populations de vers de terre et de carabes dans nos systèmes. Nous avons utilisé des méthodes de piégeage Inra, piège moutarde pour les vers de terre et piège Barber pour les carabes. Nous avons effectué les relevés et comparé nos résultats avec des parcelles témoins labourées. Les résultats sont sans appel. Puisque, globalement, la population de vers de terre est d’environ150/m² dans les parcelles du réseau contre 20 individus/m² en moyenne dans le reste de l’Hexagone. Même constat pour les carabes, nous avons 10 fois plus d’individus dans nos systèmes et une plus grande diversité d’espèces. La question de l’impact des antilimaces s’est, au fur et à mesure, imposée à nous et nous avons donc fait plusieurs prélèvements après application des produits. Nous avons constaté spécifiquement un effet délétère des produits à base de méthiocarbe sur ces populations (mais il est désormais interdit). En revanche, aucun impact significatif n’a été observé après les applications de solutions à base de métaldéhyde ou phosphate ferrique », détaille le conseiller.

Les solutions aujourd’hui disponibles sur le marché ne semblent pas être nuisibles aux populations auxiliaires. En préalable, il est nécessaire aussi de rappeler que les bonnes pratiques d’usage doivent être respectées pour prévenir les éventuels accidents.

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