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Secouer le shaker : mélange de variétés, de légumineuses et de vers de terre !

Publié le 26/02/2019 - 12:24

 

Le colza associé à une légumineuse (ici de la lentille) entraîne une plus grande quantité d’azote dans le colza. © Pixagri

Un projet européen permet aux céréaliers de s’impliquer dans la recherche sur les associations de cultures. Dans le même temps, les essais de laboratoires confirment leurs intuitions : les mélanges de variétés, les associations avec des légumineuses, la présence de vers de terre, tout est bon pour augmenter l’azote dans les tissus du blé ou du colza.

Tout agriculteur qui le souhaite peut participer aux travaux scientifiques du projet européen Diversity qui se déroule jusqu’en 2021, affirme Joëlle Fustec, directrice du laboratoire Leva (Légumineuses, écophysiologie végétale, agroécologie) à l’École supérieure d’agricultures d’Angers (Esa). Il suffit de remplir un formulaire en ligne ou de contacter l’Esa. L’expérimentation sur son exploitation permet de bénéficier d’une aide. Cela consiste soit à cultiver en parallèle une association de cultures en mélange et des cultures en pur, soit de proposer une visite d’une innovation en lien avec l’optimisation de cultures en mélange sur sa ferme et participer ainsi à sa diffusion. Les deux options sont aussi possibles. 

   « Tout agriculteur qui le souhaite peut participer aux travaux scientifiques du projet européen Diversity » affirme Joëlle Fustec, directrice du Leva d’Angers.

L’Esa est impliquée, comme 23 autres partenaires internationaux, dans ce projet dont le but est de co-construire avec les agriculteurs, proposer une nouvelle approche et des outils pour étudier les mécanismes liés aux bénéfices apportés par les associations de cultures et les pratiques.

Les freins aux associations bien identifiés

Le projet se concentre sur les systèmes de grandes cultures et prairies. Cette démarche devrait permettre de favoriser les transferts de solutions pratiques et créer des outils d’aide à la décision visant à améliorer la productivité, le contrôle des maladies et ravageurs, ainsi que les performances environnementales des associations de cultures à base de légumineuses. L’Esa travaille de concert avec l’association Base dans ce projet. En attendant la synthèse du second échange entre chercheurs et agriculteurs, qui s’est déroulé le 22 février à l’Esa, le premier a eu lieu en 2018 et a été riche en enseignements. Parmi les 25 producteurs présents, nombreux étaient coutumiers des associations de légumineuses avec le colza ou le maïs. Parmi les freins au développement de ces pratiques d’associations ont été relevés : le coût et la disponibilité en semences, le contrôle des adventices, les difficultés de la récolte, le manque d’accompagnement, d’outils d’évaluation et de matériel adaptés. Apparemment, le semis et la conduite du mélange ne posent plus de problèmes particuliers.

Plus d’azote dans les tissus de blé

À l’occasion de la Journée Agrodiversité du 22 février, l’Esa en a profité pour expliquer les résultats du projet Safari, expériences en laboratoires de l’effet des interactions entre la diversité du couvert végétal et la vie du sol sur les cultures. Il en résulte ce que pressentaient déjà les adeptes des mélanges de cultures. Un blé a une plus grande quantité d’azote fixé dans ses tissus en présence de vers de terre. Quand plusieurs blés sont associés, la quantité d’azote présente dans les tissus du blé est plus importante et la présence de vers de terre accentue le phénomène. Associés à une légumineuse qui fixe l’azote de l’air, les blés en mélange contiennent encore plus d’azote. L’essai a montré l’existence d’une synergie entre le trèfle et les vers de terre. Leur présence diminue la compétition dans le mélange de variétés. Selon un autre dispositif expérimental en laboratoire, l’azote de la féverole provenant de la fixation est de 77 % dans l’association blé-féverole et de 89 % dans l’association colza-féverole.

La culture détermine les communautés microbiennes

La mesure respiratoire des communautés microbiennes montre que le colza inhibe l’activité microbienne en raison de la présence de ses composés soufrés. En revanche, elle augmente avec le blé et encore davantage avec la féverole.

Nous en concluons, affirme Nathalie Cassagne, enseignante-chercheuse au Leva, que les plantes et leurs empruntes racinaires agissent comme les principaux déterminants des communautés microbiennes et dépendent de l’espèce végétale elle-même. Les vers de terre jouent là encore le rôle de facilitateur en amplifiant l’activité microbienne.

Enfin, le projet Consol (2017/2022), toujours en cours, implique lui aussi directement les agriculteurs. Il s’agit de co-concevoir des itinéraires techniques innovants en vue d’améliorer la qualité biologique des sols en grandes cultures et en viticulture.

Co-construire un système plus cohérent

Deux groupes de polyculteurs-éleveurs ou céréaliers collaborent avec l’Esa, en Sarthe et en Vendée. Ils ont été formés pour apprendre à manipuler les six outils indicateurs de l’activité biologique du sol (test bêche, Levabag, abondance diversité microbienne, abondance diversité nématode et abondance diversité lombric). Diagnostic, identification des leviers à mobiliser pour répondre aux objectifs et combinaisons des leviers pour construire un ensemble de pratiques cohérentes, tel est le schéma de ce projet. Les propositions de nouveaux systèmes s’effectuent avec les autres agriculteurs. Le cas concret de Philippe en Sarthe, polyculteur éleveur, se traduit ainsi par l’intégration de la luzerne dans la rotation afin de mieux gérer les adventices. Les étudiants de l’Esa vont réaliser une évaluation et définir un socle d’indicateurs.

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