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Cultiver le blé hybride

Quel apport en progrès génétique ?

Publié le 19/06/2018 - 13:05

Une visite rapide d’un essai ne permet pas forcément de distinguer le blé hybride parmi les nombreuses variétés testées. Un regard plus appuyé nous révèle pourtant quelques spécificités : un tallage important, de bonnes fertilités d’épis… Mais qu’apporte réellement le blé hybride à la génétique blé tendre ?

Un des indicateurs les plus indiscutables est sûrement le score à l’inscription : une évaluation sur deux ans du potentiel de variétés d’une même génération. Et c’est plus spécifiquement en situation non traitée que s’exprime la capacité des variétés à préserver leur rendement en contexte de pression parasitaire. Résultat : sur le segment BPS (blé panifiable supérieur), les hybrides creusent progressivement la distance avec les variétés lignées. En 2010, les inscriptions donnaient déjà l’avantage aux blés hybrides avec des scores en non traité supérieurs de 3,8 % aux lignées, et c’est aujourd’hui d’une avance de 6,7 % dont ils bénéficient : quasiment le double !

Ce sont les spécificités agronomiques du blé hybride qui s’expriment ici : issue d’un croisement entre deux lignées, une variété hybride bénéficie, par essence, de l’effet d’hétérosis1. Une « vigueur hybride » qui lui apporte une biomasse racinaire importante, une meilleure capacité de tallage, une fertilité d’épi élevée et un remplissage optimisé. C’est donc avec une forte capacité de compensation et des biomasses foliaires (favorable à la photosynthèse) et racinaires riches que les blés hybrides effectuent leur cycle de développement. Des atouts intrinsèques qui limitent l’impact de la pression parasitaire, et laissent place à des rendements plus élevés en cas d’attaque et à plus de souplesse dans la gestion des interventions. 

Une sélection spécifique pour creuser l’avantage

Thierry Moittié, sélectionneur blé hybride chez Saaten-Union, précise les différentes étapes de la sélection :

Pour être proposée à l’agriculteur, une lignée doit être « fixée », resemée sur sept à dix ans avant d’obtenir un matériel génétique stable. Une variété hybride est directement issue du croisement de ses parents. Plus spécifiquement, les blés hybrides Saaten-Union sont obtenus grâce à un agent d’hybridation qui ne demande aucune stérilité génétique du côté de la mère ; une étape longue, dont notre équipe de sélection a la chance de pouvoir s’affranchir.

Le nombre d’années pour obtenir une variété de blé hybride cultivable dépend donc essentiellement de la finesse de sélection que le sélectionneur souhaite obtenir. Une moyenne de cinq ans est un bon compromis, qui nous laisse le temps de valider le potentiel de la variété ainsi que sa stabilité face aux différents contextes pédo-climatiques et aux maladies ; d’où des scores à l’inscription en non traité de plus en plus avantageux. La qualité est également un critère fondamental, à évaluer sur des analyses pluri-annuelles.

Pour s’assurer d’entretenir cette différence, l’objectif de la sélection des hybrides est de toujours obtenir un effet d’hétérosis maximal. Il faut pour cela impliquer une génétique de base « de haut vol ». Une attention particulière a été portée ces dernières années au comportement en non traité de nos variétés, ainsi qu’à leur qualité boulangère. Les scores à l’inscription nous confortent sur notre travail, ainsi que la reconnaissance de leur profil panification par la filière meunerie : 13 blés hybrides sont aujourd’hui sur la liste ANMF2, dont 4 VRM3. En 2013, ils n’étaient que trois à être reconnus BPMF4 !

1 L’effet d’hétérosis est propre aux variétés hybrides. Il implique des performances surpassant celles de chacune les lignées parentales

2 Association nationale de la meunerie française

3 Variétés recommandées par la meunerie

4 Blés pour la meunerie française

 

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