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Interview

«Nous devons tenir compte de l’aspect émotionnel lié à l’innovation végétale»

Publié le 28/09/2017 - 10:00

 

Suzanne Barratt communication ESA
« Apprivoiser la puissance de la nature », voici le slogan de la nouvelle campagne de communication lancée pour le compte de l’ESA (European seed association) sur les réseaux sociaux. Une manière accrocheuse de communiquer sur les récentes innovations dans le domaine de l’amélioration végétale auprès des acteurs à Bruxelles les plus actifs sur Twitter et Facebook. La communication, une vaste entreprise quand il s'agit d'innovation végétale car le sujet est vite sujet à controverses. Le point avec Suzanne Barratt, présidente du groupe de travail communication à l'ESA.

 

 

Communiquer auprès du grand public sur un thème aussi complexe que «l’innovation végétale» est une tâche difficile pour les acteurs du secteur semencier… 

Suzanne Barratt: Parfois, il faut se contenter d’écouter et d’ouvrir le dialogue… sans essayer de convaincre qu’il est essentiel d’améliorer la génétique. L’innovation végétale peut avoir des conséquences sur la nourriture, ce qui, pour de nombreuses personnes, est un sujet sensible, particulièrement en Europe où la nourriture revêt un aspect culturel important. Il nous faut tout d’abord écouter leurs préoccupations. Nos interlocuteurs possèdent leur propre système de valeurs et toute action d’amélioration de la nature est souvent considérée avec méfiance. Les dernières méthodes d’amélioration des plantes, qui peuvent enlever, insérer ou réprimer les gènes, sont très techniques et nous devons laisser la porte ouverte au dialogue et rester à l’écoute pour permettre une meilleure compréhension.

 

Donc, selon vous, l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés » n’est pas l’attitude à adopter ?

S.B. : Les acteurs de la filière alimentaire sont aujourd’hui très éloignés les uns des autres, comme les consommateurs le sont des producteurs (obtenteurs, fournisseurs d’intrants, agriculteurs). J’en profite pour dire que les agriculteurs font un travail formidable – l’un des plus beaux qui soit – nourrir le monde ! Ce service rendu à la société n’est pas estimé à sa juste valeur par les consommateurs. L’innovation se retrouve à tous les niveaux de l’exploitation : l’agriculture de précision par exemple, avec des semences de haute qualité. La communication auprès des consommateurs européens sur la génétique n’est pas perdue d’avance : il s’agit simplement du plus grand défi à relever aujourd’hui. Nous devons en passer par là. Il nous faut communiquer et nous expliquer, sinon nous pouvons dire adieu aux innovations végétales en Europe.

 

L’ESA vient de lancer une campagne de communication sur les innovations dans le domaine de la sélection végétale. Pouvez-vous nous en décrire les détails et les cibles ?

S.B. :  La campagne officielle a été lancée en même temps que la conférence de la Commission européenne en septembre qui s’intitule : « Les biotechnologies modernes dans le secteur de l’agriculture – Ouvrir la voie à une innovation responsable ».

Cette campagne s’adresse notamment aux acteurs européens impliqués dans l’innovation végétale et l’agriculture. Nous devons intervenir auprès de tous ceux intéressés par l’agriculture et la production alimentaire afin de les sensibiliser sur les avantages apportés par l’innovation dans le domaine de la sélection végétale : nous aborderons tout d’abord la continuité de l’évolution. Les méthodes les plus modernes d’amélioration des végétaux ne sont que les étapes les plus récentes de ce continuum. Nous devons faire passer l’idée que notre secteur a toujours été innovant et que ce n’est que grâce à ces innovations que nous avons pu assurer la production d’aliments frais, sains et goûteux répondant aux demandes des consommateurs. Il faut ensuite que les consommateurs comprennent que les nouvelles caractéristiques variétales rendent les aliments plus sûrs et les plantes plus fortes contre les maladies et les ravageurs, que ces techniques permettent aux obtenteurs de gagner du temps pour créer de nouvelles variétés qui répondent aux demandes des consommateurs et que de nombreuses petites entreprises de sélection ont la possibilité d’utiliser ces méthodes car elles sont relativement peu onéreuses. Nous voulons également mettre en valeur le travail et l’expertise qui sont à l’origine de chaque nouvelle variété. Aller de la fourche à la fourchette nécessite la mise en œuvre d’années de compétences.

Pour cette campagne, nous avons choisi d’utiliser les réseaux sociaux et de nous appuyer sur les plateformes numériques, car nous visons les utilisateurs réguliers de Twitter. Notre message sera « Apprivoiser la puissance de la nature » : chacun pourra s’approprier ce slogan. L’agriculture c’est la nature, nous sommes donc tous concernés. Le secteur semencier s’efforce surtout de valoriser la nature. Les utilisateurs des réseaux sociaux sont en général intéressés par la nature et l’innovation. Notre message sera ainsi largement diffusé et de nombreuses personnes pourront le relayer et prendre part au mouvement.

 

Comment comptez-vous faire passer le message de cette campagne ?

S. B. : Les associations semencières nationales et de nombreuses entreprises semencières en Europe – et pourquoi pas dans le monde entier – seront nos ambassadeurs. Tout le monde est invité à se joindre au mouvement. Nous recherchons actuellement des ambassadeurs sur les réseaux sociaux : des personnes actives sur les réseaux sociaux, connaissant notre secteur, qui croient en la science et les méthodes d’amélioration des végétaux. Nous voulons un mouvement qui parte de la base pour faire passer le message. C’est la manière dont les ONG organisent leur diffusion sur les réseaux sociaux. Pourquoi ne pas nous en inspirer ?

Cette campagne durera trois ans et nous pensons que le message se développera de manière organique dans toute l’Europe.

 

Quel est le coût de cette campagne et quelles sont les ressources mises en œuvre ?

S. B. : Des contributions reçues de la part de plusieurs membres clés de l’ESA lui ont permis de travailler avec une agence de communication numérique et de mettre en place le plan de campagne. L’ESA a également commandé une veille afin de mieux connaître la manière dont les conversations s’échangent sur les réseaux sociaux et autres plateformes numériques, afin que nous puissions y participer. L’ESA a mis en place un groupe de travail « Communications » que j’ai présidé l’année dernière. Une équipe de professionnels issus des groupes de travail et des comités de l’ESA aideront à bâtir cette campagne et assureront sa promotion en Europe.

 

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