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Agronomie

L’agroforesterie ou l’avenir de l’humanité ?

Publié le 25/02/2019 - 10:31

© Pixagri

À l’occasion des Rencontres internationales de l’agriculture du vivant qui se déroulaient à Paris du 20 au 24 février 2019, Benoît Noël, agronome et expert en agroforesterie, est revenu en quelques chiffres sur les intérêts agronomiques des apports de BRF (Bois raméal fragmenté). «Le BRF permet de produire de l’humus et de séquestrer le carbone dans le sol, il permet aussi de libérer des ions Ca et Mg impliqués dans les liens argilo-humiques. Ce qui implique une stimulation de la vie du sol et la formation d’humus stable.» Il considère qu’environ 1m3 de BRF équivaut à 75kg d’humus. «L’apport de BRF permet aussi l’apport et la séquestration instantanée de l’azote.»

Mais en quelle quantité faut-il apporter ce BRF ? Pour l’agronome, il faut apporter une quantité qui vise à l’autofertilité : «Si je veux libérer 300 unités d’azote/ha/an, 1 cm de BRF, soit 100 m3/ha, est satisfaisant. Cela correspond à la situation d’une vieille prairie naturelle.» Et en grandes cultures, l’apport d’une dose faible de l’ordre de 50m3 est conseillé par le spécialiste. «On récupère ainsi a minima les pertes d’azote.» Une rotation adaptée permettra par ailleurs de prévenir le risque de faim d’azote.

La question qui se pose autour de l’apport de BRF c’est évidemment la surface qu’il faut pour le produire. En effet, pour un volume de 50 m3/ha et par an il faut environ 2 ha de taillis. «Dans ce contexte, l’agroforesterie est beaucoup plus intéressante parce qu’avec la synergie arbre et cultures, on a seulement besoin de 10 à 20% de SAU supplémentaire, car les arbres permettent des apports naturels de feuilles et radicelles. Mais l’autre problème qui se pose c’est qu’il faut 15 années pour qu’un arbre ressemble à un arbre, donc en attendant, il faut penser BRF», insiste le spécialiste.

En guise de conclusion et de perspectives, le chercheur n’a pas mâché ses mots. «Nous émettons 40 milliards de tonnes de CO2 (dont 15 à 30% directement liés à l’élevage), la population humaine et ses troupeaux constituent 95% de la biomasse vivante et sont une source de pression sur la biosphère. La situation est assez dramatique. Il faudrait que l’ensemble des surfaces agricoles soient plantées en arbres pour pouvoir absorber l’ensemble de nos émissions. J’aimerais avoir tord, mais c’est la réalité.»

«Développer l’agroforesterie réduirait de 20% la SAU mondiale, donc il faudrait récupérer cette capacité à nourrir l’humanité», précise-t-il. La piste qu’il explore est celle de réduire la dépendance exogène des élevages en protéines et de sortir de l'élevage industriel : «En Europe, sur 170 millions d’ha de SAU, 130 sont consacrés à l’élevage tout en sachant que l’équivalent de 20 millions d’ha de protéines sont importés. Il faut développer l’autonomie protéique des élevages. D’ailleurs le BRF peut y contribuer car il permet d’augmenter le potentiel autofertilisant de l’exploitation. Utilisé en litière, 1m3 de BRF permet d’économiser 40 kg de paille, et on produit deux fois plus de fumier et un fumier deux fois plus riche ! Dans nos questionnements, il faut penser vie du sol et vie de la plante, sachant que le ver de terre n’a pas de religion… », a conclu Benoît Noël. 

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