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Politique agricole

Et si la crise sanitaire était une chance pour la Politique agricole commune ?

Publié le 28/05/2020 - 11:02

Et si la crise sanitaire était une chance pour la Politique agricole commune ? ©Bluedesign/Adobe Stock

Tandis que l’Europe sort petit à petit du confinement inédit lié à la crise du Covid-19, les tractations politiques vont reprendre et notamment celles de la Pac, attendues depuis plusieurs mois. Cette crise sanitaire a permis de remettre sur le devant de la scène des évidences, celles de se soigner, de se nourrir et de travailler. Alors que des mots comme «souveraineté alimentaire» sont remis au goût du jour, on peut imaginer que le secteur agricole soit au cœur des stratégies européennes au lendemain de cette crise. Et les uns et les autres ne manqueront pas de plaider pour une Pac plus forte, un budget revu à la hausse etc.

À la notion de souveraineté alimentaire, l’agroéconomiste Jean-Marie Séronie préfère parler de sécurité alimentaire. «La souveraineté, c’est un terme sur lequel les Français sont hyper-sensibles, à cause ou grâce au Général de Gaulle sans doute, mais cela ne parle pas à nos partenaires européens. La souveraineté renvoie à la notion d’autonomie. Or, notre agriculture est très dépendante d’intrants (machinisme, engrais, matières actives produites en Chine et en Inde, sans parler de notre dépendance en protéines). Dans une tribune publiée le 27 avril 2020, le spécialiste indique :  «La sécurité alimentaire ne laisse pas la place à l’ambiguïté d’arrière-pensées de fermeture et du repli sur soi, mais ouvre plutôt à l’anticipation de l’organisation». Il prend d'ailleurs pour exemple le pétrole: «Nous en sommes totalement dépendants, mais nous avons su nous sécuriser avec des accords de long terme et des stocks stratégiques, c’est ce qu’il faut mettre en place pour sécuriser les intrants dont nous avons besoin». Sur ce sujet,  Philippe Mangin, président de l’Inrae, précise qu’il est important, en effet, d’identifier nos points de dépendance, et de mettre en place des politiques cohérentes pour être en capacité de faire face en temps de crise.

 

Le green new deal, un cadre contraignant pour la Pac

 

 

© Harmonise Creatives/Adobe Stock

La future Pac devrait prendre cela en considération. Mais cette future réforme, concrètement elle est pour quand ? Alors que depuis des mois et des mois on parle de Pac post-2020. Elle a dû être repoussée à cause de la nouvelle mandature européenne installée début d’été 2019  puis la crise sanitaire a fait voler en éclat tous les calendriers. «Pour l’heure, il n’y a toujours pas d’accord sur le budget global. Les négociations sur le Brexit prennent du retard, et pas sûr qu’elles soient terminées d’ici 2020», estime Jean-Marie Séronie. Devra-t-on repartir sur un budget qui inclut les Britanniques ? That’s the question. «La réforme attendue risque d’être de nouveau décalée. Je crois que l’on s’achemine vers une période de transition, où l’on va probablement acter de mini-réformes avant LA grande réforme de… 2027 qui intégrera le Pacte vert (Green new deal)», pense l’économiste. Et cela aura sans aucun doute un impact important pour la Pac, car cette ambition environnementale européenne intégrera des actions agricoles qui ne seront pas dans la Pac. D’ailleurs la Commission européenne semble déjà avoir brossé les grandes lignes le 20 mai dernier concernant l’agriculture et la biodiversité.

Pour Jean-Marie Séronie, ce Pacte vert va être un chapeau contraignant à la Pac. «Ce sera certes à l’initiative des États mais la Commission risque d’être insistante sur les résultats à atteindre.» Selon lui, ces dernières annonces (augmentation des surfaces en bio, baisse de 50% de l'usage des pesticides et 20% celui des engrais) actent d’un recentrage sur les marchés intérieurs, synonyme de plus de qualitatif et inévitablement d’une hausse des prix des produits. Et cette hausse de prix devra être supportée par le consommateur, «donc il faudra en parallèle des politiques de soutien supplémentaires à l’aide alimentaire», prévient Jean-Marie Séronie. En effet n’oublions pas, en France, on compte 4,4 millions de bénéficiaires de l’aide alimentaire. Et la crise sanitaire actuelle va accentuer les difficultés économiques et sociales de beaucoup d’Européens avec des pouvoirs d’achat qui risquent de baisser. Le chantier à venir est donc gigantesque. La crise sanitaire aura probablement été une bonne chose pour relégitimer la Pac auprès d’un grand nombre, mais les arbitrages politiques à venir risquent de faire peut-être des déçus.

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