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Gestion des résistances

Agir avant qu’il ne soit trop tard

Publié le 08/12/2017 - 10:35

La problématique de la résistance des graminées et des dicotylédones aux herbicides est un enjeu majeur sur le territoire de la coopérative Cap Seine. © F. Pierrel/Pixel image

« La problématique de la résistance des graminées aux herbicides concerne tout le territoire de la coopérative, Haute-Normandie, ouest de l’Ile-de-France et ouest de la Picardie. Il y a 10 ans, cela ne concernait que le département de l’Eure, désormais toutes les régions sont concernées. Et ce n’est pas faute d'en avoir parlé », se désole Anne Plovie, responsable du service agronomie à la coopérative Cap Seine. La responsable estime que dans certains secteurs, environ 1 parcelle sur 2 est concernée. « Mais à l’échelle du territoire, c’est assez hétérogène ».

L’inquiétude provient de l’émergence de cette problématique dans certaines régions qui n’étaient pas concernées. « C’est assez symptomatique de l’évolution de certaines régions d’élevage. Dans le pays de Bray, à l’est de la Seine-Maritime, les agriculteurs ont retourné leurs prairies. Ils ont simplifié les assolements, et ne pouvant cultiver des cultures industrielles comme la betterave, les pommes de terre, ils concentrent les cultures d’hiver dans leur rotation et de fait, les mêmes familles d’herbicide et les mêmes matières actives reviennent trop souvent », détaille la responsable.

Raisonner sur le long terme

Aux grands maux, les grands remèdes. Ne rien lâcher et insister sur les leviers agronomiques. « Dans nos préconisations, nous distinguons les zones fortement concernées des zones où la problématique émerge. Mais il faut évidemment toujours insister sur les leviers agronomiques. Nous travaillons avec les agriculteurs sur la réintroduction de cultures de printemps dans les rotations, le travail du sol, les dates de semis... Le deuxième message est de les encourager à désherber à l’automne. En effet, la pression de sélection des graminées résistantes se fait pour l’instant, avec les molécules utilisées en sortie d’hiver. Donc il faut gérer le problème en amont, à l’automne. Et plus les plantules sont petites, plus l’intervention sera efficace. Par ailleurs, il faut aussi rappeler qu’il faut alterner les familles de produits et les matières actives et être vigilant sur toutes les cultures, notamment les cultures où il est plus facile de gérer les graminées (colza, betteraves). Le bon état sanitaire d’une parcelle, c’est toujours un plus pour la culture suivante, car c’est le sol qui est facteur de pression d’une année sur l’autre et à l’échelle de la rotation », résume Anne Plovie.

 

Les assolements trop simplifiés provoquent, à moyen terme, des problèmes de désherbage. © C. Waligora/Pixel image

C.O.M.M.U.N.I.Q.U.E.R

Le genre humain est ainsi fait, on réalise le problème que lorsqu’on y est confronté. Alors même qu’on pourrait l’anticiper. « Pour le désherbage, c’est la même chose. Les agriculteurs, même avertis, appréhendent le problème une fois qu’il est devenu réalité sur leur exploitation, insiste Anne Plovie avant de poursuivre : donc notre stratégie est de redoubler nos efforts en matière de communication pour essayer de cibler un maximum de personnes avec des supports et outils différents ». Elle organise aussi des visites sur des plateformes d’essais.  « Mais encore faut-il que les agriculteurs se déplacent », commente la responsable. Et pour qu’ils se sentent concernés, rien de tel que des journées techniques chez eux, dans leur canton.

En matière de pratiques de désherbage, et pour beaucoup de sujets, les changements ne sont pas faciles à opérer car ils nécessitent des efforts que nous ne sommes pas toujours prêts à consentir. Et si nous changions de perception ? « Aujourd’hui, les agriculteurs voient le poste désherbage comme un coût, je suggère qu’ils l’appréhendent comme un investissement pour l’avenir et non comme une charge. C’est à ce prix que l’on gérera de manière durable les adventices, que l’on préservera le capital du sol et que l’on pérennisera les solutions techniques dont nous disposons encore », conclut Anne Plovie.

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