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Légumineuses

Comment gérer le manque de plus en plus important de produits phyto en pois et féverole ?

Publié le 14/02/2020 - 08:56

 

Avec les nombreux retraits de produits phytosanitaires comme cette année avec le chlorothalonil, la recherche d’alternatives devient indispensable. Tour d’horizon des solutions existantes ou à venir effectué par Terres Inovia.

La gamme des herbicides, fongicides et insecticides tend de plus en plus à diminuer pour les pois et les féveroles. Ce qui peut impacter durablement ces cultures, les alternatives étant parfois difficiles à trouver. C’est en tout cas ce qu’affirment Franck Duroueix et Laurent Ruck de Terres Inovia lors d’un point sur ces sujets.

Le choix d’une gestion intégrée du désherbage

En désherbage chimique, la situation est particulièrement tendue pour lutter contre les graminées.

Le programme repose essentiellement sur des produits à base de propizamide, relève Franck Duroueix. Or cette substance active a été renouvelée jusqu’en 2025 seulement.

De nombreuses interrogations subsistent aussi quant au retrait du glyphosate en juin 2021 et les dérogations possibles de traitement.

La lutte contre les vivaces est en deuxième position pour les demandes de dérogations pour le glyphosate après celle de l’agriculture de conservation, précise Franck Duroueix.

Deux produits (Nickeyl et Racer) ont été retirés de la gamme des herbicides dicotylédones. D’autres substances actives (pendiméthaline, aclonifen et imazamox) sont candidates à substitution. La clomazone est en attente de ré-approbation de la Commission européenne. Et des inquiétudes planent quant à la réhomologation de la bentazone (Basagran). Aussi, Terres Inovia insiste sur le choix d’une gestion intégrée du désherbage (rotation longue, date de semis, densité…). Des possibilités encore peu usitées existent avec par exemple la herse étrille en désherbage mécanique.

De la génétique et de nouvelles substances fongicides

En maladies, les retraits du tébuconazole seul, de l’époxyconazole (30 juillet 2020) et surtout du chlorothalonil (20 mai 2020) font que désormais le programme fongicide reposera essentiellement sur l’azoxystrobine. Des produits commerciaux comme le Scala sont plus efficaces contre le botrytis par exemple mais ne sont pas compétitifs. Par ailleurs, des incertitudes demeurent aussi à propos de la révision de l’arrêté abeilles de 2003. En pois, il est fortement question dans ce cadre d’annuler les autorisations de commercialisation des traitements de semences Wakyl XL. La réponse devrait tomber en mars prochain.

Aujourd’hui, des recherches en génétique ainsi que des alternatives au chlorothalonil sont en cours pour lutter contre le botrytis de la féverole et de l’ascochytose du pois. Jusqu’à présent, des essais de biocontrôle n’ont pas donné les effets escomptés en termes de rapport qualité/prix comme cela a été possible en blé ou en colza. Face à l’aphanomyces du pois, un screening de molécules a permis en 2018 d’en détecter une qui pourrait contribuer à la lutte contre ce champignon. Cette recherche se poursuit. Toutefois, l’amélioration génétique des variétés semble la seule issue pour le contrer. Contre le mildiou du pois, il existe aujourd’hui une piste de travail en traitement de semences. Un programme est en cours aussi sur pois d’hiver et la bactériose.

Bientôt un nouvel insecticide

Contre les ravageurs, le programme de traitement reste basé sur les pyréthrinoïdes. Cependant, l'autorisation d’une nouvelle substance est attendue pour 2022 sur pucerons. Et un screening a mis en évidence des différences entre variété de pois quant à leur comportement sur la multiplication des pucerons verts. Ces travaux se poursuivent par un screening au champ, la recherche de marqueurs génétiques pour faciliter ce screening et une recherche plus fondamentale sur les mécanismes impliqués.

Pour les tordeuses, des tests avec Bacillus thuringiensis devraient avoir lieu. Des essais à base de molécules chimiques sont aussi en cours pour la bruche, la cécidomyie, la sitone et le thrips. Des alternatives aux produits chimiques sont aussi regardées pour la plupart de ces ravageurs.

Sans solution très efficace depuis le retrait de la bifenthrine, la lutte contre la bruche de la féverole requiert toute l’attention des chercheurs. Le biocontrôle (huile, kaolinite et fructose) n’a pas donné de résultats significatifs. Depuis 2010, l’Inrae, Arvalis puis Terres Inovia travaillent sur un piégeage par des molécules attractives (composés organiques volatils reproduisant les odeurs de fleurs et de gousses). Et enfin, grâce à un screening variétal, deux mécanismes différents ont été repérés chez des variétés pour résister à la bruche. L’un aboutit à des plantes non attractives. L’autre induit une mortalité de la bruche dans la graine. Les travaux continuent donc avec la recherche de marqueurs pour faciliter le screening des variétés. On peut espérer l’arrivée de variétés résistantes dans les années à venir.

Le nouvel insecticide Mavrik Jet à base de taufluvanilate et pyrimicarbe a montré une efficacité sur pois et féverole dans les essais de Terres Inovia, du niveau du Karaté K. En pois, les gains de rendement n’ont pas été constatés. En revanche, sur féverole, l’application a été positive puisqu’en moyenne dans trois sites différents, le gain a été de 2,5 q/ha avec une variation de 1,5 q/ha à 8 q/ha.

 

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