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Maladie de la betterave

Le cuivre pour lutter contre la cercosporiose de la betterave

Publié le 09/07/2019 - 10:44

Toutes les variétés ne sont pas égales devant la cercosporiose. En 2018, certaines parcelles de betteraves ont pu voir disparaître l’intégralité de leur feuillage sous la pression de la cercosporiose.

Avec des étés toujours plus caniculaires, la cercosporiose gagne du terrain sur les zones de production betteravières pour devenir sans doute la problématique majeure. La pression de la maladie est de plus en plus forte. Cette évolution doit impliquer un changement de raisonnement chez les planteurs à commencer par le choix variétal !

« On ne sait pas arrêter la cercosporiose une fois qu’elle est présente dans une parcelle, préviens Pascal Amette, délégué régional Champagne-Yonne au sein de l’Institut technique de la betterave (ITB). Et ce, d’autant plus que l’efficacité des solutions de lutte chimique n’est pas transcendante. En 2018, année à forte pression cercosporiose, l’efficacité des différentes spécialités commerciales seules dépassait rarement les 20 %. » En parallèle de ces résultats, l’institut technique a pu mettre en évidence que le nombre de parcelles de betteraves qui subit des pertes de rendement liées à la maladie, malgré une protection fongicide réalisée dans les règles de l’art et au bon moment, est en très forte croissance ces dernières années. Jusqu’à la campagne 2016, c’était au maximum 19 % des parcelles du réseau de surveillance Champagne-Yonne qui subissaient des pertes à cause de la cercosporiose. En 2017, 32 % des parcelles étaient impactées. Et 48 % en 2018. Autrement dit, « une parcelle sur deux subit des pertes de rendement liées à la maladie », détaille Pascal Amette.

Au-delà des considérations techniques, la pression de la maladie augmente aussi à cause du climat. Les chaleurs importantes alternantes et/ou concomitantes à l’humidité augmentent le nombre de contaminations. S’ajoute à cela la luminosité plus importante en période de canicule qui accélère les nécroses sur les feuilles. Différents facteurs qui induisent, pour les variétés les plus sensibles, des pertes de rendement pouvant atteindre 15 t/ha voire 20 t/ha… Un écart avec le potentiel des variétés qui est d’autant plus marqué que la récolte est tardive !

Toutes les zones betteravières touchées ou presque

« Depuis le début de la décennie, la cercosporiose prend de l’ampleur un peu partout dans les secteurs de production betteraviers avec de sérieuses difficultés de contrôle dans les secteurs les plus exposés que sont les zones d’épandage des sucreries et les parcelles qui voient souvent revenir des betteraves, souligne Pascal Amette. Si les zones d’épandage étaient “les pieds de marmite” historiques, le premier facteur de risque semble être, depuis cinq ans, les rotations courtes. » Ce qui nécessairement va concerner de bien plus vastes surfaces. Étant donné que la cercosporiose a trouvé des niches écologiques dans toute la région Grand-Est et aussi en régions Haut de France et Normandie, elle concerne donc tous les planteurs ou presque qui se doivent d’être aujourd’hui plus vigilants.

Dans la plupart des régions betteravières, la première intervention fongicide doit intervenir dès qu’une tâche identifiée comme de la cercosporiose virulente – c’est-à-dire avec des points noirs – est observée.

La première des vigilances est de choisir la bonne variété en fonction de son contexte. « Depuis plus de dix ans maintenant, les variétés sont très orientées sur la productivité et beaucoup moins sur la tolérance aux maladies », soupçonne le délégué régional. Or, les solutions chimiques de protection fongicide sont de moins en moins efficaces. Ce qui se traduit par des pertes de rendement plus importantes pour les variétés les plus sensibles qui sont aussi souvent les plus productives. Les différences sur le feuillage entre variétés sensibles et variétés tolérantes sont flagrantes. Quand une variété sensible voit plus de 60 % de son feuillage touchés par la maladie, une variété tolérante n’est concernée qu’à hauteur de 30 %. Or, la perte de rendement potentielle pour la variété sensible peut se compter en dizaines de tonnes alors que le différentiel de potentiel de rendement entre les variétés les plus productives et les variétés tolérantes à la cercosporiose ne dépasse pas les 2 ou 3 t/ha en règle générale. Le risque pris est donc grand compte tenu de l’ampleur que prend la maladie dans la plaine. Pascal Amette incite donc « à éviter les variétés qui ont de grosses faiblesses vis-à-vis de la cercosporiose ».

Choisir des variétés tolérantes, ne signifie pas pour autant se passer de protection fongicide. Le service agronomique de la coopérative Tereos, lors de ses dernières réunions techniques, rappelait qu’il « faut protéger les variétés tolérantes pour qu’elles expriment leur potentiel de rendement maximum ». La protection doit cependant être placée judicieusement. À ce sujet, l’ITB a revu le seuil de déclenchement de la première intervention. Désormais, « le T1 doit être effectué dès que la première tâche de cercosporiose est identifiée pour 100 feuilles contrôlées dans la parcelle, stipule Pascal Amette. Mais une première tâche avérée avec la présence de points noirs attestant de la virulence de la maladie. Cette dernière pouvant être observée très tôt en saison compte tenu des conditions climatiques actuelles. L’an dernier c’était le cas dès le 14 juin. »

Le cuivre à la rescousse des planteurs

Suite à des premiers travaux menés par Cristal Union, il semble que le cuivre soit un très bon complément aux solutions chimiques existantes pour lutter contre la cercosporiose.

 

Malgré son coût plutôt élevé, le cuivre semble être un fongicide efficace contre la cercosporiose. Faut-il encore adopter la meilleure stratégie en fonction de la pression de la maladie.

Il permet d’augmenter considérablement leur efficacité sans risque de résistance des souches de la maladie car il a un mode d’action curatif à la fois de contact et multisite. Compte tenu de son prix (22 euros/ha à raison de 1 kg/ha), il est sans doute à réserver aux situations où la pression de la maladie est la plus forte. Les essais menés en 2018 par l’ITB montrent qu’une seule application de cuivre à raison de 1 kg/ha en complément des trois interventions fongicides pour une pression cercosporiose moyenne est la meilleure stratégie en offrant un léger gain de rendement. Quand la pression de la maladie est forte, c’est une stratégie fongicide complétée de deux applications de cuivre qui offre le meilleur rendement avec presque 6 % de plus que la stratégie avec une seule application de cuivre. Dans ses essais, le service agronomique de Tereos a pu mettre en évidence que l’application de 1 kg/ha de cuivre à deux reprises au T1 et au T2 offrait le plus gros avantage t avec 19 t/ha de plus que le témoin sans cuivre. Et s’il faut choisir entre l’une des deux applications, mieux vaut privilégier celle du T1 qui offre un gain de rendement de 9 t/ha au lieu de 5 t/ha pour l’application au T2. Mais le service agronomique de Tereos estime que, s’il faut arbitrer la dose de cuivre en raison de son coût, la meilleure stratégie est le fractionnement des applications à la fois au T1 et au T2 mais avec seulement 500 g/ha de cuivre qui offre un gain de rendement de 11 t/ha.

 

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