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Michaël Keller, secrétaire général de l'ISF

Congrès mondial des semenciers : partager la connaissance et l’expertise

Publié le 31/05/2019 - 14:16

Michael Keller, secrétaire général de l'ISF.

La France accueille le 70e congrès annuel de l’ISF à Nice. C’est une formidable opportunité pour les acteurs mondiaux de la semence de s’imprégner de l’excellence et de l’expertise semencière française. Au menu, trois journées d’échanges et de rencontres.
Si l’on se plonge dans les archives de l’ISF (Fédération internationale des semenciers) on ne trouve guère trace de la France comme pays hôte pour son congrès annuel, si ce n’est des rencontres à Paris en 1929 et en 1950 mais qui ne devaient pas ressembler à ce que l’on connaît aujourd’hui. Exception faite aussi de Monaco, il y a une vingtaine d’années, si tant est que l’on puisse considérer que Monaco est en France.

« Le choix de la France s’est imposé à nous. Dans le secteur de la semence, la France reste un leader historique. La France a la connaissance, l’expertise, une recherche unique, des filières organisées et elle est présente partout dans le monde à travers la semence », détaille Michael Keller, secrétaire générale de l’ISF avant de poursuivre, « d’ailleurs le slogan du congrès de Nice “Where knowledge flows” signifie bien que sur la French Riviera, nous serons dans le partage de connaissances et d’expertises. La France jouit à l’international d’une grande attractivité, nous devrions battre les records de participants. » Mais l’autre point sur lequel Michael Keller souhaite revenir, ce sont les enjeux à court terme que la filière semencière doit relever, tel que le défi du changement climatique. « En 2015, c’est à Paris que fut signé le premier accord universel sur le climat et le réchauffement climatique. La France fait aussi écho à cet enjeu qui fera l’objet d’une table ronde pendant le congrès. »

« La semence, un sujet sociétal et politique majeur »

L’ISF en quelques chiffres : elle représente 61 associations nationales, soit 8 000 entreprises du monde entier, de l’entreprise familiale à des multinationales soit environ 98 % du marché international des semences toutes espèces confondues. La fédération internationale est engagée auprès de ses membres (associations nationales) et les accompagne au quotidien pour promouvoir les intérêts du secteur semencier. « La semence, c’est une histoire magnifique à raconter, mais c’est un sujet sensible et très technique. Nous devons nous emparer du sujet de la communication, nous n’avons pas le droit de nous cacher. Et je rassure les Européens, des questions se posent partout dans le monde et la communication s’inscrit comme l’une de nos priorités », précise Michaël Keller.

Légiférer sur des critères cohérents

L’autre cheval de bataille de l’ISF est bien évidemment le sujet de la réglementation. « C’est un sujet crucial et prioritaire car il concerne directement l’innovation en amélioration des plantes, avec cette question qui est celle de l’utilisation des dernières méthodes de sélection aussi appelées NBT (New Breeding Techniques) », précise le secrétaire général. Sur ce sujet, il ne s’agit pas de parler nécessairement d’harmonisation internationale, mais il faut a minima des bases communes sur des critères cohérents. Chaque entreprise, quelle que soit sa taille, doit nécessairement embrasser une dimension internationale, car la semence parcourt le monde. Elle peut être sélectionnée à un endroit, multipliée à un autre et vendue encore ailleurs.

Le positionnement et le travail de l’ISF sont le suivant : « Dans de nombreux pays, la réglementation en matière d’innovations est en cours de consultation publique. La position de l’ISF qui a fait l’objet d’un consensus lors du congrès mondial en 2018 à Brisbane est claire, elle plaide en faveur d’un cadre réglementaire qui permette l’utilisation des nouvelles technologies sur la base de critères cohérents. Si ces cadres réglementaires sont déployés dans tous les pays, ces innovations peuvent profiter à tous, et surtout permettent aux agriculteurs d’accéder à une semence de qualité. L’ISF s’emploie à coordonner les efforts en termes de discussions entre les différentes parties concernées afin qu’elles parlent d’une même voix », insiste Michael Keller. Et aux dires du responsable, ces efforts commencent à payer, « il y a une vraie prise de conscience de la nécessité de s’accorder les uns et les autres ». Concernant la question de l’interprétation de la Cour de Justice de l’Union européenne prononcée l’été dernier, le positionnement de l’ISF reste le même. « Nous considérons que les variétés végétales développées par des méthodes récentes de sélection ne doivent pas être réglementées différemment si elles sont similaires ou impossibles à distinguer des variétés qui auraient pu être produites par des méthodes de sélection antérieures. » Mais ce sujet reste une priorité pour les semenciers européens et de nombreux autres acteurs de la chaîne de valeur : « Il faut être confiant, l’ensemble des acteurs comprennent l’enjeu, la communauté scientifique s’est emparée aussi du sujet. Rappelons au passage que l’industrie semencière est la seule industrie où 10 à 20 % du chiffre d’affaires sont réinvestis dans la recherche et le développement », argumente Michaël Keller.

Soutenir le choix et l’accessibilité

Ici en France, les semenciers connaissent bien le sujet de l’export. Mais la France n’est plus seule, on estime que les flux d’échanges à l’international ont été multipliés par cinq, en une quinzaine d’années. Cela signifie qu’il y a de plus en plus d’acteurs, partout dans le monde, Amérique du Sud, Asie du Sud Est, Chine, Afrique, Inde, etc. L’ISF va même accueillir en son sein trois nouvelles organisations venant d’Ouzbékistan, du Turkménistan et du Sénégal. Le monde de la semence s’internationalise de plus en plus. « Nous poursuivons un seul but, celui d’amener une semence de qualité, accessible à tous pour répondre aux enjeux mondiaux de la sécurité alimentaire. Et il est essentiel que l’on ait aussi des consensus sur d’autres sujets, tels que la propriété intellectuelle et celui du choix des agriculteurs », insiste Michael Keller. Tout n’est pas toujours très simple, mais il faut passer du temps à expliquer pour que le système soit durable dans le temps et bénéficie à tous. « La reconnaissance des droits de propriété intellectuelle est un élément fondamental de la pérennité de l’investissement des entreprises semencières. Le financement de la recherche et de l’innovation, garantes du progrès et de la qualité des solutions apportées aux agriculteurs, passe par le bon fonctionnement des mécanismes de protection de la propriété intellectuelle. Pour ce qui concerne les variétés végétales, l’ISF pense que les systèmes mis en place sur la base de la Convention UPOV sont les mieux adaptés et encourage les pays à adhérer à la Convention de 1991 », insiste Michael Keller.

Autre sujet, celui du respect du choix des agriculteurs. « Le raccourci facile serait de considérer que les intérêts des sélectionneurs et ceux des agriculteurs sont inconciliables, alors que les objectifs recherchés sont identiques. » La position de l’ISF est claire, considérer que chaque agriculteur doit avoir le choix : utiliser des semences traditionnelles, ou bien des variétés améliorées. Ces décisions doivent être en toute connaissance de cause. Dans l’itinéraire cultural, le choix de la semence est le plus important, car c’est lui qui détermine le potentiel de la récolte et son utilisation en aval de la chaîne de valeur : pour cela les agriculteurs doivent disposer du plus large éventail d’options à leur disposition, en fonction de leur contexte. Que la semence soit protégée ou non par des droits de propriété intellectuelle, chacun doit pouvoir garder ce droit fondamental. L’ISF a encore réaffirmé ces principes dans ses dernières positions adoptées lors de son congrès en Australie en 2018. Aussi, l’ISF insiste surtout sur la notion d’accessibilité à tous. « Avoir accès à une semence de qualité, c’est permettre au petit agriculteur de non seulement nourrir sa famille, mais aussi de tirer de la valeur, et c’est un facteur de développement formidable, résume Mickaël Keller avant de conclure, aujourd’hui, même en Afrique les jeunes ne veulent plus être agriculteurs, ils voient leur vie ailleurs, et c’est pareil en Europe. Mais si on offre des semences capables de créer de la valeur au système c’est une tout autre histoire que l’on racontera demain… »

 

 

 

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