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Nuffield France

Bourse Nuffield France: l’agriculture française a besoin de créativité et d’entrepreneurs

Publié le 24/12/2018 - 15:58

La construction d’une filière théicole, redonner de la valeur ajoutée au territoire via la production et la commercialisation de lait de brebis et, la quête du graal, combiner agriculture de conservation et agriculture biologique... le cru 2017 des boursiers Nuffield France était une nouvelle fois très riche.

L’association Nuffield France avait donné rendez-vous le 21 novembre 2018 à l’APCA pour la présentation des rapports des boursiers 2017. Les 3 lauréats, Maxime Barbier, Yolaine Pagès et Stéphanie Chanfreau, en plus de nous faire voyager aux quatre coins de la planète, ont partagé leurs points de vue sur chacun des sujets qu’ils avaient étudiés.

Agriculture de conservation et agriculture biologique, la quête du graal

Maxime Barbier crédit Nuffield

Maxime Barbier, s’était donné comme objectif de faire une revue de terrain des différents systèmes qui visent la triple performance agronomique, économique et écologique. En agriculture de conservation, de son point de vue, le système le plus abouti consiste à faire du semis direct sous couvert de culture. En agriculture biologique, la principale difficulté consiste à gérer les mauvaises herbes en se passant de travail du sol (impossible de son point de vue) mais aussi la dépendance du système à la fertilité exogène. C’est en toute logique que Maxime s’est rendu au Rodale Institute (Pensylvannie/USA), pionnier dans ces approches. Les expérimentations de soja dans des couverts de seigle semblent prometteurs même si « le seigle permet de bien contrôler les adventices, mais il y a encore quelques risques ». Au Brésil, cette association de cultures est aussi envisagée, mais elle n’est pas satisfaisante en l’état car un désherbage manuel est encore nécessaire et ce n’est pas l’objectif recherché. Ailleurs dans le monde, certains testent des nouveaux outils de désherbage (électrique, micro-ondes…) mais c’est encore coûteux en temps, voire pas satisfaisant pour la vie du sol. Pour Maxime, la quête du graal se poursuit avec une philosophie « être pragmatique plutôt que dogmatique, garder le bon sens paysan et multiplier les essais à petites échelles » sans oublier de rappeler, que la réintoduction de l’élevage est un levier essentiel à la cohérence des systèmes.

« L’agriculture ne demande pas des subsides, elle demande un destin »

Yolaine Pages crédit Nuffield

« L’agriculture ne demande pas de subsides, elle demande un destin » c’est sur ces paroles d’Edgar Pisani, que Yolaine Pagès introduisait son étude, sur comment redonner de la valeur au lait de brebis dans un terroir en particulier. Originaire de l’Aveyron, elle cherche en effet à explorer d’autres débouchés que le célèbre Roquefort Fermier pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs et redonner de la valeur ajoutée au lait de brebis. Ce sont les expériences du nord de l’Europe qui l’ont notamment intéressée (Irlande, Ecosse). Dont certaines font figure d’exemple dans toute l’Europe,  le cas de de la région de Burren notamment en Irlande, connue pour être un plateau karstique désertique. Dans ce parc, l’agriculture, pratique de l’hivernage, elle a joué un rôle central dans le développement de la biodiversité de cette région. Autre exemple en Irlande, le smart farming, « Le programme Smart Farming continue de mettre en évidence les moyens de réduire les coûts et d’améliorer les rendements agricoles tout en améliorant le milieu rural», précise son instigateur Thomas Cooney. « Ceux qui sont efficaces économiquement, sont ceux qui sont économes en ressources et des meilleurs gestionnaires de l’espace », analyse Yolaine Pagès. La jeune femme cite aussi des programmes de promotion qui mettent en avant le savoir-faire des producteurs ecossais.  Forte de ces expériences, Yolaine accompagne un collectif, les éleveurs du Rougier (Aveyron) qui ont l’héritage et le savoir-faire « Roquefort » mais qui réfléchissent à une valorisation différente (vente de lait à des petits fromagers) avec un vrai projet agroécologique en lien avec le territoire.

Et pourquoi pas du thé français
Stéphanie Chanfreau crédit Nuffield

Stéphanie Chanfreau est partie elle, à la conquête du sud-est asiatique afin de s’imprégner de la culture du thé et de sa production « Je suis tombée amoureuse du thé et de ses valeurs à l’occasion d’un premier voyage en Chine, et j’ai eu envie de l'explorer un peu plus pour partager ses valeurs avec le monde occidental ». En Chine, la culture du thé est « tout un art, à l’image de ce que l’on peut faire avec le vin, le fromage. Cette culture donne un potentiel créatif », justifie Stéphanie. L’objectif de son étude était de dresser un inventaire des systèmes théicoles et des techniques de transformations puis de dégager les facteurs clé de réussite pour les plantations sous climat tempéré. Forte de ses expériences, elle considère que le lancement de la culture de théier peut ouvrir la voie à des agriculteurs en quête de diversification dans des régions où certaines cultures disparaissent comme le tabac dans le sud-ouest. Mais elle concède que pour une telle entreprise, elle n’a pas fini d’apprendre parce que contrairement à ce que l’on imagine, le « thé n’est pas juste une feuille séchée ».

À l’occasion de cette présentation, le bureau Nuffield a sélectionné les candidats 2018 dont voici les sujets d’études. Chloé Pellerin, apicultrice dans le limousin, s’intéressera aux conditions techniques et règlementaires de la mise en place d’un atelier de production d’insectes comestibles ainsi que la valorisation de ces produits pour l’alimentation animale ou humaine. Elsa Menard, viticultrice dans le Bordelais, étudiera la viticulture biologique dans le monde et se penchera sur les conditions de sa durabilité. Enfin, Yannick Laban, éleveur dans les Pyrénées, s’intéressera à la production de viande bovine de qualité et respectueuse de l'environnement ainsi que du bien-être animal.

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