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Égypte: au pays du pain subventionné

Publié le 08/04/2020 - 10:55

 

Égypte: au pays du pain subventionné. © Oliverbee/Adobe Stock

Tous les ans, pas moins de 10 millions de tonnes de blé sont consacrées à la fabrication du pain «Baladi» subventionné par l’État pour quelque 80 millions d’Égyptiens qui en profitent. Une manne pour les grands producteurs mondiaux que ce marché du pain subventionné.

L’Égypte figure parmi les premiers importateurs mondiaux de céréales, blé mais aussi maïs. Ses besoins domestiques s’expliquent notamment par sa démographie galopante, avec 2,5 millions de naissances par an, précise Roland Guiragossian, responsable du bureau de France Export Céréales au Caire en Égypte. «Avec une collecte locale qui atteint péniblement les 3,2 millions de tonnes cette année, le pays a recours aux importations pour un volume d’environ 11 à 12 millions de tonnes tous les ans. 55 à 65% des volumes sont achetés par le Gasc, l’autorité publique en charge des céréales, le reste l’est par des opérateurs privés.»

Il faut donc nourrir la population qui s’accroît rapidement mais il faut savoir aussi que si le pain en Égypte constitue un aliment de base, c’est que dans les traditions de différents régimes qui se succèdent, il est subventionné par les autorités publiques. «C’est en place depuis plusieurs années, cela fait partie du contrat social entre le Gouvernement et les citoyens. 9,5 millions à 10 millions de tonnes de blé sont donc transformés en pain Baladi, le pain traditionnel vendu l’équivalent de 0,02 euro. Quelque 80 millions d’Égyptiens en profitent.» Ainsi le blé est cédé gratuitement aux moulins qui font une farine de type 82%.

En parallèle, il y a un marché privé du blé aussi, les moulins font une farine de type 72% de plus haute qualité «La différence de valeur technologique des deux types de farine est importante, pour que la farine subventionnée ne se retrouve pas sur le marché libre», précise Roland Guiragossian avant d’ajouter : «Ces deux systèmes coexistent mais à moyen terme les autorités veulent libéraliser complètement le marché et compenser financièrement les individus. Ce qui pourrait avoir comme conséquence que seuls les acteurs privés opèrent sur les marchés, et le Gasc n’aurait plus alors qu’un rôle stratégique en achetant peut-être 1,5 million de tonnes de blé au lieu de 6,5 Mt aujourd’hui afin de n’avoir qu’un stock disponible en cas de dérive.» Autres mesures prises par les autorités pour rationner un peu les coûts (2,4 milliards de dollars/an !), l’introduction d’une limite à 5 pains/jour/citoyen pour éviter aussi le gaspillage et l’élimination des catégories les plus aisées de la distribution.

Traditionnellement, France Export Céréales réunit au mois de mars les professionnels des marchés des matières premières pour une demi-journée d’information. En raison de l’actualité, l’édition 2020 a été annulée, cependant France Export Céréales a décidé de partager le contenu des différentes interventions dont celle du Dr Ali Mosselhi, ministre de l’Approvisionnement et du Commerce extérieur. Ce dernier rappelle que le pays a besoin mensuellement d’environ 800000 tonnes de blé et que le stock stratégique doit être d’au minimum 3 mois. Totalement absente en 2018, la France fait un retour marqué sur cette destination depuis deux campagnes. Le ministre rappelle que le pays souhaite diversifier ses origines d’approvisionnement pour avoir une plus grande transparence dans les offres par la mise en concurrence.

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