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Afrique du Nord/Moyen Orient

Vers une dépendance accrue des importations agricoles

Publié le 03/11/2015 - 11:14

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Aujourd’hui la région Afrique du Nord/Moyen-Orient est dépendante à 40% des importations pour sa consommation en produits agricoles. Une dépendance qui pourrait s’accroître dans les décennies à venir notamment à cause des conséquences liées au changement climatique. Ce sont les conclusions d’une étude prospective menée par l’Inra pour l’association Pluriagri. Pour Éric Lainé, président de la CGB (Confédération générale des planteurs de betterave) membre de l’association Pluriagri, « ces conclusions doivent nous alerter sur la nécessité de mettre en place des politiques publiques volontaristes. Espérons que ces conclusions seront entendues. »

Cette étude a été conduite sur la base de simulation des trajectoires possibles du système agricole et alimentaire de la région à l’horizon 2050. En se basant sur une analyse rétrospective (1961-2012), les experts ont travaillé sur les évolutions de ce système sous les effets du progrès technique, d’une maîtrise accrue de l’irrigation, d’une amélioration des régimes alimentaires, d’une limitation des pertes et gaspillages ou d’évolutions démographiques et économiques.

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Source: Inra/Pluriagri

 

La pauvreté des mondes ruraux

Entre 1961 et 2011, la demande en produits alimentaires de la région a été multipliée par 6, conséquence de l’accroissement démographique, de l’évolution des régimes alimentaires, du développement économique et de la forte urbanisation de la région. Mais, en dépit de sa forte croissance, la production agricole n’a pas suivi l’évolution de la demande, un constat à mettre en relation avec le caractère très contraignant des ressources naturelles clés pour l’agriculture que sont les terres cultivables et l’eau. En jeu aussi la pauvreté des mondes ruraux.

Sébastien Abis, administrateur au Cieham (Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes) tient à préciser que « les mondes ruraux ont bien souvent été complètement oubliés par les pouvoirs publics et les investisseurs. La bien-pensance considérant que les mondes ruraux n’appartenaient pas au XXIe siècle ! ».

Même constat pour Bertrand Hervieu, sociologue et vice-président du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux. « On oublie trop souvent qu’en valeur absolue, la population active agricole de cette région augmente, ce qui a pour conséquence de diminuer la taille des exploitations agricoles. L’agriculture de la région est subie, ce qui grève sa performance. »

 

Accroître le développement technique

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Parmi les scénarios étudiés par l’Inra, ceux de la croissance démographique plus forte, (d’après l’ONU la population pourrait passer de 464 millions d’habitants en 2008 à 704 millions en 2050, soit +50%), et d’une occidentalisation plus marquée des régimes alimentaires, aggraveraient encore la situation de dépendance de la région. Tandis que des scénarios, tels que le progrès technique, la réduction des pertes et gaspillages ou encore le scénario dit de « diète méditerranéenne » pourrait alléger le fardeau de la dépendance. Concernant le scénario « diète méditerranéenne » il s’agit de faire l’hypothèse que les régimes alimentaires convergeraient vers un niveau proche des recommandations nutritionnelles à 2800 Kcal/pers/jour (contre 3700 Kcal/pers/jour dans les scénarios tendanciels) avec une limitation des apports en produits sucriers, huiles végétales et viande de volaille au bénéfice des céréales et de la viande de petits ruminants. D’après les conclusions de l’étude, aucun des trois leviers précédemment cités pris indépendamment ne permettrait de compenser significativement la dégradation de la dépendance aux importations. Mais l’option progrès technique serait toutefois la plus significative permettant ainsi de ramener la dépendance du Maghreb de 68 à 62% et celle du Moyen-Orient de 64 à 57%.

Ainsi, le prolongement des tendances déjà observées devrait renforcer la dépendance aux importations de la région à l’horizon 2050 et ce d’autant plus fortement que les effets locaux du changement climatique devraient être accentués. Deux exceptions à cette analyse, l’Égypte, l’étude note que la situation se dégraderait moins du fait de sa moindre dépendance actuelle. Mais aussi la Turquie, sa géographie et son niveau de développement pourraient a contrario en faire un pays exportateur net. 

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