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Désherbage

Localiser les herbicides sans changer de pulvé

Publié le 02/11/2015 - 12:40

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Le binage revient dans les exploitations betteravières. L’intérêt pour le désherbage mécanique est suscité par la pression réglementaire et l’envie de réduire la consommation d’herbicides. Le binage de l’interrang permet à ceux qui le pratiquent d’espacer les désherbages chimiques. Mais, pour aller plus loin, il serait logique de l’associer à la pulvérisation localisée sur le rang. Quelques bineuses équipées de système de pulvérisation ont été commercialisées mais leur développement, et surtout leur utilisation, est marginal car les conditions météorologiques optimales pour biner d’une part et pour désherber chimiquement d’autre part ne sont pas les mêmes. Du matériel de pulvérisation spécifique existe également mais les largeurs sont souvent faibles et le débit de chantier limite donc leur intérêt. Plus récemment du matériel de plus grande largeur a été mis sur le marché et est utilisé par quelques betteraviers. Mais là encore, cela reste marginal.

La nécessité d’investir dans du matériel spécifique qui serait dans un premier temps surtout utilisé sur betterave est un frein majeur au développement du désherbage localisé. Même la perspective d’économiser 50% d’herbicide ne justifie pas pour les agriculteurs l’achat de ce matériel. C’est pour cette raison que j’ai eu l’idée d’utiliser les avancées du guidage GPS pour tester une pulvérisation localisée sans changer de pulvérisateur, explique Patrice Kerckove du service agronomique de Tereos. 

Buses à angle fermé

L’idée de Patrice Kerckove est d’utiliser des buses à angle fermé (25° au lieu de 80° ou 110°) et à répartition uniforme de manière à ne traiter que 25 cm avec une rampe à 70 cm de hauteur. Il teste le principe d’abord sur un banc de pulvérisation puis des essais sont mis en place dès 2011 chez quelques agriculteurs.

Pour cela, il faut bien entendu être sur un semis à 50 cm d’interrang et avoir utilisé un système de guidage GPS RTK pour s’assurer des raccords de semoir précis. Lors du passage du pulvérisateur, les buses sont positionnées à l’aplomb des rangs de betterave et seul le rang est traité. « Cette technique n’est véritablement rendue possible que par un guidage de précision et permise pour l’instant, d’après moi, uniquement par le RTK », insiste Patrice Kerckove.

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Par ailleurs, pour assurer un bon résultat, la hauteur de la rampe doit être bien contrôlée. « Ce n’est pas un problème sur un parcellaire plat mais dès qu’il y a du dévers, c’est plus délicat. Mieux vaut alors avoir un pulvérisateur équipé d’un système de contrôle de hauteur de rampe. À cette condition, dans l’Aisne, cette technique est utilisée dans des parcellaires avec un léger relief. En revanche, dès que la pente est telle qu’elle fait dévier le matériel, ce n’est plus adapté. »

Quant à la qualité du désherbage, il est satisfaisant d’après les agriculteurs qui ont adopté cette technique et au vu des tests réalisés avec du papier hydrosensible. « Avec ces buses à 25°, les gouttelettes sont plus grosses, il convient de pulvériser au moins à 3 bars pour obtenir une couverture satisfaisante », précise Patrice Kerckove. Le volume de bouillie est dans la moyenne des habitudes en désherbage betterave. « Avec une vitesse d’avancement de 10 km/h et une pression à 3 bars, on est à l’équivalent de 120 l/ha sur le rang », explique-t-il.

Le gros avantage de cette technique est de pouvoir économiser 40% d’herbicides. « Actuellement, nous visons un traitement sur 30 cm de large. Nous traitons donc 60% de la surface. Tout en restant à pleine dose sur la zone traitée, nous n’utilisons donc que 60% des doses d’herbicide en plein. »

Encore quelques contraintes

Seul bémol de cette technique : la gestion des bouts de champs. En effet, il est difficile d’être assez précis dans les fourrières pour rester en localisé. Il faut alors repasser en plein en tournant les portes-buses. Pour cela il ne faut pas oublier de changer les réglages en cabine et surtout d’en tenir compte pour calculer le volume de bouillie total nécessaire. « C’est un petit calcul à faire. J’ai pour ma part fait un petit tableur sur excel pour me simplifier la vie. Mais c’est évidemment une petite complication qui peut en freiner certains. »

Malgré tout, Patrice Kerckove croit beaucoup à l’avenir de la pulvérisation localisée de ce type. « Cette technique est accessible pour un investissement spécifique de 10 € par buse environ. Mais pour qu’elle se développe plus largement, il faudra peut-être attendre que les pulvérisateurs évoluent et que certaines options soient plus diffusées. Je pense au contrôle de hauteur de rampe mais aussi au système de changement de buses depuis la cabine ou encore aux essieux suiveurs qui affinent encore la précision du guidage. Il me semble plus judicieux globalement qu’un agriculteur investisse dans un bon pulvérisateur précis et polyvalent qui soit utilisé sur l’ensemble de l’exploitation et permette notamment la pulvérisation localisée avec des buses à angle fermé plutôt que dans du matériel spécifique de pulvérisation localisée, conclut-il. Et puis cette technique pourrait aussi ouvrir des perspectives, comme des fongicides localisés pour lutter contre le rhizoctone brun, ou sur d'autres cultures potentiellement semées à 50 cm d'interrang comme le colza et le maïs. »

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